A Saint-Mandrier, les résultats des analyses du contrôle sanitaire des eaux destinées à la consommation humaine en date du 7 juin 2018 montrent une quantité anormale de nickel: la valeur obtenue de 128µg/L est plus de 6 fois supérieure à la limite de qualité de 20 µg/L. Les conclusions sanitaires sont sans ambiguïté: "Eau d'alimentation non-conforme aux limites de qualité pour le paramètre nickel."

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Les résultats des analyses du contrôle sanitaire des eaux destinées à la consommation humaine en date du 7 juin 2018 publiés par le ministère de la santé indiquent une concentration élevée de nickel de 128 microgrammes par litre (µg/litre), soit plus de 6 fois supérieure à la limite de qualité de 20 µg/litre des eaux de boisson. A cette date il est donc indiqué: "Eau d'alimentation non-conforme aux limites de qualité pour le paramètre nickel." Quelle est la raison et les risques sanitaires associés à cette concentration élevée ?

Dans les eaux souterraines et de surface, et dans l’eau destinée à la consommation humaine des pays européens, la concentration est généralement comprise entre 2 et 13 microgrammes par litre (µg/litre) [1]. La valeur moyenne en Allemagne est de 9 μg/litre [2] et de 4,8 μg/litre en 1969 aux USA. Le nickel peut toutefois être lessivé à partir de raccords de plomberie contenant du nickel, et des niveaux allant jusqu’à 500 μg/litre ont été enregistrés dans l’eau laissée pendant la nuit dans ce type de raccord [3]. Dans les zones d'extraction du nickel, des niveaux allant jusqu'à 200 μg/litre ont été enregistrés dans l'eau potable[3]. Aux USA, les concentrations de nickel les plus élevées mesurées ont été de 72 µg/litre d’eau potable d’une localité proche d'un grand gisement de nickel naturel d’où le nickel est extrait et raffiné [4] et un maximum de 34 μg/litre en Allemagne.

Une concentration de 20 µg/litre dans les eaux de boisson étant atteignable par des traitements conventionnels des eaux (par exemple par coagulation), la valeur limite de qualité de 20 µg/litre a donc été fixée [5]. Une concentration de 128 µg/litre est donc très largement supérieure, de plus d’un facteur 10, aux concentrations naturelles et d’un facteur 6 à la limite de qualité des eaux destinées à la consommation humaine requise en France [5].

Le centre d’information sur l’eau (Association des entreprises qui assurent la gestion des services d’eau et d’assainissement en France) indique que « Les limites de potabilité de l’eau ont un caractère impératif car elles peuvent avoir une répercussion sur la santé et concernent des paramètres microbiologiques et chimiques. » [6]. 

Les allergies cutanées au nickel sont très fréquentes dans la population générale et chez les ouvriers exposés. Il s’agit généralement d’eczéma de contact (plus rarement d’urticaire). En Europe, on estime qu’environ 10 % des femmes et 1 à 2 % des hommes sont sensibilisés (susceptibles de développer une allergie) au nickel. Environ 10 % des eczémas des mains sont des eczémas au nickel. Chez les hommes, les eczémas au nickel sont habituellement professionnels ; chez les femmes, ce sont les contacts cutanés répétés avec des bijoux fantaisie, des boutons ou des parties métalliques d’accessoires vestimentaires qui sont les causes les plus fréquentes d'allergie [4][7][8][9].

Aussi dans l’Union européenne, depuis juillet 2001, la mise sur le marché ou l’importation des produits destinés à entrer au contact avec la peau tels que boucles d’oreilles, colliers, bracelets, bagues, boîtiers et fermoirs de montre, boutons à rivets, boucles, rivets, fermetures à glissière est réglementée. Elles sont interdites, si la libération de nickel au contact avec la peau est supérieure à un certain seuil. Pour les articles de piercing, ce seuil est encore plus bas [10].

Des atteintes rénales ont été rapportées chez des travailleurs exposés au nickel. Chez l’homme, il n’existe pas de donnée permettant d’évaluer les effets sur la fertilité ou le développement fœtal des composés du nickel, bien que de tels effets aient été observés chez la souris. Des cancers broncho-pulmonaires, des fosses nasales et des sinus ont été observés chez les travailleurs exposés au nickel, dans divers secteurs d’activité, et l’exposition au nickel est inscrite à ce titre dans le tableau des maladies professionnelles. Les dérivés inorganiques du nickel sont classés cancérigènes certains (cat 1) par le Centre international de recherche sur le cancer[11]. Le nickel métallique est quant à lui classé possiblement cancérigène (cat 2B) [4] [8].

1 µg/L = 1 ppb