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Depuis quelques mois, se propageant à grande vitesse, un nouveau charançon (Scyphophorus acupunctatus) détruit systématiquement les agaves de la presqu’île. Vous pouvez voir les effets de cette nouvelle infestation en prenant le sentier du littoral bordé d’un grand nombre de plants d’agaves desséchés ou pourrissant.

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Agaves pourrissantes et desséchées le long du sentier du littoral entre la Coudoulière et Cavalas (octobre-novembre 2022)

Ce charançon est un petit coléoptère classé par les scientifiques dans la famille des Curculionidae en compagnie du charançon rouge du palmier. A la différence de ce dernier, l’adulte est entièrement noir, d’une longueur de 9 à 15 mm, reconnaissable à ses élytres très nervurés et à son long rostre incurvé à la base duquel se trouvent de part et d’autre ses yeux noirs.

Il se nourrit en ponctionnant les tissus des jeunes feuilles d’agaves. Lors des piqûres des bactéries sont injectées dans les feuilles où elles vont proliférer amenant les tissus végétaux à se ramollir et à se liquéfier.

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Larve et adulte présent dans une feuille d'agave (octobre 2022). La larve appelée « ver du maguey », picudo del agave, est utilisé pour parfumer le mezcal une eau-de-vie élaborée au Mexique à partir de l'Agave: «  i Salud i pesetas ! - Santé ! »

Le cycle de ce charançon se déroule sur 50 à 90 jours selon l'époque de ponte et les conditions climatiques. Ainsi, jusqu’à 5 générations peuvent se succéder au cours d’une même année. Une fois fécondées, les femelles adultes pondent leurs œufs de couleur blanc-crème dans les feuilles et les tiges charnues de la plante.

A l'éclosion, les larves apodes sont de couleur blanc-crème avec une tête brun foncé. Elles creusent des galeries et migrent à la base de la plante tout en se nourrissant des tissus. Elles passent par 5 stades larvaires jusqu’à atteindre une taille de 18 mm de long. Au cinquième stade larvaire, la larve tresse un cocon de fibres à l'intérieur de la plante et se transforme en pupe pour se transformer en forme adulte.

Ce charançon affectionne les endroits arides et les températures élevées, comme celles de la presqu’île, il est originaire du Mexique, comme l’agave américaine. Il a été introduit en Europe avec des plantes importées où il a été observé en Italie dans la région de Lombardie dès 1998, en France à Hyères en 2007 et aux Pays-Bas où il a régulièrement été signalé à 13 reprises au cours des 30 dernières années. Concernant la France, jusqu’à présent il a été exclusivement observé sur le pourtour méditerranéen.

Schyphophorus acupunctatus se développe sur un large spectre de plantes hôtes, principalement sur les espèces succulentes des genres Amaryllidaceae (Agava sisalana, A. fourcroydes, A. americana, A. tequilana, Beaucarnea sp., Dasylirion longissiumum, Furcraea sp., Yucca sp., Cordyline sp., etc.) et Dracaneaceae (Dracaena draco).

Il a également été observé en Asie, Afrique, Amérique du Nord, Amérique Centrale, Caraïbes, Amérique du Sud et Océanie à la suite des introductions d'Agava sisalana pour la production de sisal.

L’agave américaine, espèce la plus touchée par Schyphophorus est une espèce invasive dans notre région et finalement son éradication pourrait intervenir par l’invasion et la prolifération de son parasite naturel.  

La biodiversité de la presqu’ile mise à mal

Figuiers de barbarie, agaves d’Amérique, griffes de sorcières et Séneçon anguleux (Senecio angulatus) [voir ce post], introduits volontairement ou accidentellement hors de leur aire de répartition naturelle envahissent avec 80 autres espèces le littoral de notre presqu’ile.

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Les figuiers de barbarie et des agaves envahissent le littoral de la presqu’ile remplaçant les espèces méditerranéennes locales.

La prolifération de ces espèces exotiques invasives, dont la croissance est stimulée par les températures excessives dues au réchauffement climatique, condamne les espèces de la flore méditerranéenne locale qui doivent s’adapter à une sécheresse persistante.

Ces plantes invasives modifient la biodiversité de la presqu’ile. Le seul moyen de les éradiquer est l’arrachage manuel régulièrement pratiqué par des bénévoles comme dans le parc national des calanques.

Et pour les collectionneurs

Si vous collectionnez les espèces susceptibles d’être attaquées par ce charançon, vous pourrez détecter la présence du ravageur dans votre jardin, en réalisant un piégeage comme pour le charançon rouge du palmier (Rhynchonex® atrayentes kit – phéromone et kairomone + appât).

A titre préventif, évitez de couper les feuilles entre mai et septembre afin d’éviter l’infestation par les adultes.

Que faire en cas d’infestation ?

En cas d’une infestation partielle, si vous souhaitez sauver la plante, couper les feuilles atteintes à la base jusqu’à la partie saine. Détruisez-les par broyage et/ou incinération.

La lutte biologique est possible en utilisant des nématodes qui parasitent les larves Steinernema carpocapsae (Palmanem®, Carpocapsae system®), Steinernema feltiae (Entonem.

Si la plante est très infestée les signes sont clairs : nécroses de forme circulaire sur les feuilles, brunissement de la base du feuillage, flétrissement du feuillage, odeur de putréfaction, inclinaison de la tête du végétal et présence d’individus adultes du charançon aux aisselles des feuilles.

Dans ce cas, coupez-la et détruisez-la par broyage et/ou incinération.

L’infestation des agaves de la presqu’île par Schyphophorus acupunctatus a été signalé par l’APE à Fredon-PACA.