Nous nous associons à l’émotion générale qui traverse le monde de l’écologie et de la botanique : Francis Hallé, immense défenseur des arbres et des forêts primaires, nous a quittés le 31 décembre 2025 à l’âge de 87 ans. Il laisse derrière lui une œuvre scientifique et écologique immense, ainsi qu’un héritage humaniste profond autour des arbres et des forêts.
Francis Hallé fut bien plus qu’un chercheur : il a consacré toute sa vie à comprendre, explorer et faire aimer les arbres dans toute leur complexité. Professeur de botanique à l’Université de Montpellier et figure reconnue internationalement, il a étudié les forêts tropicales primaires, l’architecture des arbres et la biodiversité des canopées lors d’expéditions à travers l’Afrique, l’Amérique du Sud et l’Asie.
« Les forêts ne sont pas des stocks de bois, mais des mondes vivants », un message que Francis Hallé n’a cessé de transmettre. Dessin de Francis Hallé des espèces d’arbres d’une agroforêt au Sri Lanka .
Dans son approche, Hallé n’a jamais séparé la science de la poésie : par ses dessins, ses conférences et ses ouvrages, il savait transmettre au grand public la beauté et la richesse du vivant. Il fut notamment l’inventeur du “radeau des cimes”, un dispositif innovant permettant d’étudier les forêts depuis leurs hauteurs vertigineuses, au cœur de la canopée où la vie foisonne.
Ses livres, Éloge de la plante, Du bon usage des arbres, Plaidoyer pour l’arbre, ont changé le regard de millions de lecteurs. Il a dénoncé sans relâche le saccage des forêts primaires, l’urbanisation aveugle et la vision utilitariste de la nature. Pour lui, un arbre n’est pas un « stock de bois » : c’est un organisme vieux de plusieurs centaines de millions d’années, bien plus ancien que l’humanité.
Son engagement dépassait la recherche académique : il fut un infatigable défenseur des forêts primaires, souvent décrites comme les poumons de la planète, essentielles à la biodiversité et à la régulation du climat. Hallé appelait sans relâche à regarder les forêts autrement, non comme des ressources à exploiter, mais comme des systèmes vivants à protéger.
Des racines profondes, une canopée tournée vers le ciel : l’arbre, êtres vivants complexes et symbole du lien entre l’humain et le vivant. Il voyait dans chaque arbre, une architecture unique, patiente et silencieuse. « Ils sont souvent abattus, au prétexte qu'ils représentent un danger. Je ne suis pas un intégriste mais il faut tout faire pour qu'un arbre ne soit pas dangereux. Il suffit de lui fourre la paix, à condition d'avoir prévu la place pour ses branches et ses racines » Francis Hallé.
Au-delà de ses travaux scientifiques, il croyait profondément que le rapport de l’humanité aux arbres révélait notre rapport au vivant lui-même. Pour lui, planter un arbre, observer sa croissance, comprendre sa structure, c’est se reconnecter à l’histoire profonde de la Terre et à notre responsabilité pour les générations futures.
À l’Association Francis Hallé pour la forêt primaire, qu’il a fondée, revient désormais la mission de poursuivre son dernier grand projet : la renaissance d’une forêt primaire en Europe de l’Ouest, sur une superficie de 70 000 hectares, d’une forêt n’ayant donc jamais été exploitée, interdite à toute activité humaine autre que scientifique pendant au moins… sept cents ans. Un rêve à très long terme, pensé bien au-delà d’une vie humaine, mais indispensable pour l’avenir de notre planète.
À Saint-Mandrier, où chaque pin, chaque chêne vert, chaque olivier contribue à notre cadre de vie exceptionnel, ses idées résonnent particulièrement. Défendre nos arbres, nos jardins, nos espaces verts, c’est poursuivre son combat.
Merci, Monsieur Hallé, pour votre passion, votre poésie et votre engagement. Vous avez appris à nombre d’entre nous à lever les yeux vers la canopée… et à ne plus jamais baisser les bras. Reposez en paix au paradis des grands arbres que vous avez tant aimés.
Pour en savoir plus:
- Un naturaliste sur le toit de la forêt, Francis Hallé raconté par Alexis Jenni, une biographie réflexive sur la vie, les découvertes et la pensée de Francis Hallé, qui inclut des réflexions sur l’écologie et les forêts.
