17 juillet 2026 : Réensablements à la chaîne ou quand l’omerta remplace l’étude d’impact
Sainte-Asile, la Capte, et désormais le Canon, le Touring et la Vieille : ce ne sont plus deux dossiers isolés que l’APE documente cet été, mais un véritable mode opératoire généralisé à l’ensemble des plages des presqu’îles, entre Saint-Mandrier et Giens. Un mode opératoire qui se répète avec une constance troublante : qualifier les travaux d’« entretien » pour éviter l’étude d’impact, ne jamais publier les autorisations obtenues, et laisser les herbiers de posidonie protégés en payer le prix.
Sainte-Asile : la seule plage où la loi a été respectée, parce que la justice l’a imposé
Depuis 2019, l’APE documentait les recharges répétées en sable de la plage de Sainte-Asile, sans étude d’impact, à proximité immédiate d’un herbier de posidonie protégé. Après une dispense de dix ans accordée en 2022, l’APE, FNE 83 et FNE PACA ont porté l’affaire devant la justice. Le 15 mai 2025, le tribunal administratif de Marseille a annulé l’autorisation préfectorale, jugeant les incidences sur l’herbier suffisamment notables pour exiger une étude d’impact complète. Résultat concret : le rechargement massif prévu pour 2026 n’a pas eu lieu. Seule une opération de reprofilage sans apport de sable, préservant les banquettes de posidonie, a été réalisée le 26 juin 2026. Les observations de terrain de l’APE fin juin confirment par ailleurs le déclin de l’herbier dans les zones historiquement ensablées, validant, un an plus tard, le bien-fondé de la procédure engagée (voir nos trois articles détaillés sur ape83430.fr).
Sainte-Asile est donc, à ce jour, la seule des cinq plages de la presqu’île où la loi sur les espèces protégées a été respectée, et ce n’est pas par choix des collectivités, mais parce qu’un tribunal les y a contraintes.
Canon, Touring, Vieille: un rechargement de nuit, sans autorisation connue, sans nettoyage préalable
Les 15 et 16 juillet 2026, les plages du Canon, du Touring et de la Vieille, sous responsabilité de la commune de Saint-Mandrier, ont fait l’objet d’un reprofilage et d’un rechargement en sable. Un communiqué municipal du 15 juillet en informait les usagers… le jour même, précisant seulement que les travaux se dérouleraient de nuit, entre 22h et 6h, pour limiter la gêne. Aucune information sur l’origine du sable apporté, ni sur le fondement juridique de l’opération, n’a été communiquée, pas plus sur le site de la mairie que lors des conseils municipaux.
Ce silence est d’autant plus problématique que le cadre juridique de cette opération est loin d’être établi. En 2022, le préfet avait effectivement autorisé, par l’arrêté F09322P0183, un plan triennal de rechargement de ces trois plages sans étude d’impact, mais pour une durée de trois ans, jusqu’en 2024. À ce jour, aucun nouvel arrêté préfectoral n’apparaît sur le site de la DREAL PACA. Autrement dit : contrairement à la Capte, où une dispense, non publié, aurait été obtenue pour 2026, rien n’indique à ce stade que l’opération du Canon, du Touring et de la Vieille repose sur une quelconque autorisation en cours de validité.
Vidéo prise le 15 juillet 2026 à partir de 22h30 sur la plage de La Vieille où deux engins de chantier ont déplacé le sable de la voie en haut de plage et ses déjections canines pour l’étaler sur la surface de la plage.
Sur le terrain, la réalité observée par l’APE dépasse la seule question administrative. À la plage de la Vieille, le sable a été récupéré en haut de plage et le long d’un chemin qui sert aussi, dans les faits, de zone de déjections canines, alors que les chiens sont pourtant interdits sur ces plages, sauf exception comme à saint-Elme. Aucun nettoyage n’a été effectué avant le reprofilage : sable et déjections ont été redistribués ensemble sur l’ensemble de la plage, comme le montre cette vidéo. Une manière peu ragoûtante de traiter à la fois la question sanitaire et le principe même de la réglementation des chiens sur les plages.
Un herbier menacé « en direct »
Plus grave encore : à la Vieille, des apports de sable ont été réalisés à moins de dix mètres du récif frangeant de posidonie qui borde la plage, une formation d’herbier particulièrement fragile, dont l’ensablement des rhizomes est déjà en cours. Sans intervention, cet herbier risque de connaître, dans les prochaines années, le même sort que celui de Sainte-Asile : un déclin progressif et documenté, comme les observations de terrain de l’APE l’ont établi pour cette dernière plage.
Le tas de sable en attente (Photographie prise le 16 juillet 2026) et étalé immédiatement en face de la zone du récif frangeant, décharge de sable qui sera immancablement érodée comme cela a été observé dans le passé et don’t le sable finira dispersé dans l’herbier (Photographie prise le 17 juillet 2026).
C’est précisément ce type de configuration, rechargement répété à proximité immédiate d’un herbier protégé, sans étude préalable, que le tribunal administratif de Marseille a jugé illégal en mai 2025 pour Sainte-Asile. Rien, dans le dossier de la Vieille, ne semble aujourd’hui différent.
La Capte : le sable déjà repris par la mer
À Hyères, le rechargement de la Capte, réalisé fin juin avec 320 tonnes de matériaux de dragage du port de l’Ayguade pour 24 000 euros, n’a pas résisté longtemps aux éléments. Sur les réseaux sociaux, les commentaires des usagers, nombreux dès la remise en eau, décrivaient déjà un résultat décevant : sédiment brunâtre, aspect terreux, loin du sable de plage attendu.
La recharge et son érosion… La recharges en sediments de port, ni de sable ne limiteront pas les effets de la montée du niveau des mers (Photographies de la plage de la Capte postées sur Facebook la premère quinzaine de juillet 2026).
Quelques semaines plus tard, le constat est sans appel : une grande partie des matériaux déversés a déjà été reprise et dispersée par la mer, confirmant qu’aucun apport de quelques centaines de mètres cubes ne peut durablement contenir ne serait-ce que sous l’action de la houle.
Rappelons que ce même projet avait pourtant fait l’objet, dès 2020, d’un arrêté préfectoral soumettant explicitement le rechargement à étude d’impact. Six ans plus tard, pour un projet présenté comme identique, la même autorité aurait donc validé une simple dispense sur la base d’une qualification en « entretien », sans que les éléments du dossier justifiant cette nouvelle décision ne soit, à ce jour, rendus publiques.
Une même main sur tous ces dossiers
Ces cinq dossiers ne sont pas conduits par des services isolés : à Saint-Mandrier, c’est le même élu, en charge de l’environnement à la fois pour la commune et pour la Métropole TPM, qui porte ou appuie les demandes de dispense d’étude d’impact, que ce soit pour Sainte-Asile hier, ou pour le Canon, le Touring et la Vieille aujourd’hui, alors même que l’ensablement du récif frangeant de posidonie de la Vieille est en cours, documenté, à moins de dix mètres de la zone de rechargement.
À Hyères, c’est la maire elle-même, Véronique Bernardini, qui a porté le dossier de la Capte et qui vient d’être élue, le 9 juillet 2026, présidente du conseil d’administration du Parc national de Port-Cros et Porquerolles. Dans son message d’investiture, elle affiche des engagements de dialogue avec les associations et les scientifiques, et place la préservation de l’environnement au cœur de son action. Des engagements que l’APE l’invite à mettre en cohérence avec la gestion, dans le même temps, du dossier de la Capte qui reproduit très exactement le schéma invalidé par la justice à Saint-Mandrier et l’arrêté prefectoral de 2020.
Des décisions publiques introuvables — dans les deux communes
Pour aucune des cinq plages concernées cette année (la Capte, Sainte-Asile, le Canon, le Touring, la Vieille), l’APE n’a pu retrouver de décision publiée justifiant la dispense d’étude d’impact ou l’autorisation des travaux malgré des recherches sur le site de la DREAL PACA, les recueils des actes administratifs de la préfecture du Var et de la préfecture de région, et les principales bases documentaires de l’État. Une décision non publiée ne peut, en pratique, pas être contestée : sans accès au document, impossible pour une association ou un citoyen d’en vérifier la légalité. Cette opacité, répétée dossier après dossier, ne peut plus être mise sur le compte du hasard administratif.
Face à la canicule, quelles priorités ?
Ces opérations mobilisent des moyens humains, financiers et administratifs considérables, pour un bénéfice qui se mesure en semaines, la Capte en offre une nouvelle démonstration cet été, au risque d’aggraver la dégradation d’herbiers de posidonie qui comptent parmi les puits de carbone les plus efficaces au mètre carré, devançant les forêts terrestres, tout en protégeant mécaniquement le littoral de l’érosion qu’on prétend combattre en les recouvrant de sable. Poursuivre, année après année et plage après plage, cette fuite en avant, en pleine crise caniculaire, relève d’un choix de priorités que l’APE invite fermement les collectivités à réinterroger.
Ce que demande l’APE
- La publication immédiate de toute autorisation ou dispense d’étude d’impact relative aux travaux 2026 des plages de la Capte, Sainte-Asile, le Canon, le Touring et la Vieille ;
- La suspension definitive des recharges sur la plage de la Vieille tant que l’impact du rechargement sur le récif frangeant de posidonie, situé à moins de dix mètres, n’a pas été formellement évalué ;
- Un nettoyage systématique des zones de déjections canines et autres déchets avant toute opération de reprofilage ou de rechargement, et une application effective de l’interdiction des chiens sur les plages concernées ;
- Une étude d’impact, y compris cumulée à l’échelle de la presqu’île de Giens et de Saint-Mandrier, avant toute nouvelle recharge affectant un herbier de posidonie ;
- Un suivi indépendant et public de l’état des herbiers concernés, sur le modèle de celui assuré bénévolement par l’APE à Sainte-Asile depuis 2019 ;
- Une cohérence entre les engagements affichés par les élus en charge de ces dossiers, à l’échelle municipale, métropolitaine ou du Parc national de Port-Cros, et les décisions effectivement prises sur le terrain.
Sept ans après les premières alertes sur Sainte-Asile, un tribunal a fini par donner raison à l’APE. Faudra-t-il attendre sept années de plus, et cinq procédures similaires, pour que la même logique s’applique aux autres plages de la presqu’île ?
Balade à Saint-Mandrier : Faune et flore d’ici… et d’ailleurs le 21 juillet à 17 h
Le CIETM (Collectif d'Initiatives pour l'Environnement entre Terre et Mer) organise une
Balade nature à Saint-Mandrier – Durée : 2H - 21 juillet @ 17:00 - 19:00
Partez pour une balade sur la presqu’île de Saint-Mandrier, autour de la plage Saint-Asile, pour découvrir la biodiversité locale et les enjeux liés aux espèces exotiques envahissantes.
Balade gratuite, places limitées : Inscription en ligne
14 juillet 2026 : Liberté, Égalité, Fraternité… et qualité de l'air ?
Les 13 et 14 juillet, à la même heure, deux vidéos réalisées à 9h30 depuis la presqu'île montrent une scène devenue malheureusement familière : le départ du Mega Express Three de Corsica Ferries et l'émission d'importants panaches de fumées s'échappant de ses cheminées.
10 juillet 2026 : Canicule, l'amour est dans les herbes...
35°C à l'ombre, l'asphalte qui fond, les cigales qui crissent à s'en décrocher les tympans... et pendant que nous cherchons désespérément le moindre courant d'air, tout un petit monde, lui, ne semble pas franchement gêné par la chaleur. Bien au contraire. Les photos macro du jour en attestent : côté romance, l'été bat son plein chez nos amis les insectes.
8 juillet 2026 : Sortie en apnée, la vie foisonnante d'un petit tombant
Aujourd'hui, une eau calme à 24°C est propice à des plongées en apnée jusqu'à une dizaine de mètres de profondeur.
Une belle journée pour aller à la rencontre du petit peuple qui habite nos fonds rocheux. En descendant le long des petits tombants, c'est toute une mosaïque d'espèces qui s'offre à l'objectif, un concentré de la biodiversité méditerranéenne, à quelques mètres seulement de la surface.
6 juillet 2026 : Sous le clapot, plongée au cœur de la biodiversité
La mer était agitée ce matin. Le clapot faisait danser la surface, déformant la lumière et compliquant chaque prise de vue.
5 juillet 2026 : Entre la beauté des petits fonds et les questions de protection
Aujourd'hui, une sortie sous-marine en apnée au-dessus des rochers de Cavalas-Grave nous a offert deux visages bien différents de notre littoral méditerranéen.
La beauté discrète des fonds rocheux
À 2 mètres de profondeur, nos photos ont capturé une colonie d'hydraire plumeux du genre Aglaophenia, un animal, cousin des méduses et des coraux, souvent confondu avec une algue. Chaque minuscule logette scintillante le long de ses rameaux abrite un polype urticant, utilisé pour capturer le plancton dont se nourrit la colonie. Un rappel que nos rochers méditerranéens abritent une petite faune fixée d'une richesse insoupçonnée, trop souvent invisible à l'œil nu.
4 juillet 2026 : La saupe, habituée discrète de notre herbier de Posidonie
Parmi les espèces régulièrement observées au-dessus de l'herbier de Posidonie de notre littoral, la saupe (Sarpa salpa) occupe une place particulière : c'est l'un des rares poissons méditerranéens à se nourrir directement des feuilles de Posidonie.
2 juillet 2026 : Rade de Toulon, un panache noir, des habitants, une navette maritime, des tables conchylicoles en première ligne.
Alors que les températures sont caniculaires et que les épisodes de pollution à l'ozone se multiplient sur notre littoral méditerranéen, le Pascal Lota de la Corsica Ferry et battant pavillon italien a quitté aujourd'hui la petite rade de Toulon en émettant un important panache de fumée noire, visible derrière les tables conchylicoles de la baie du Lazaret où ces photographies et vidéos ont été réalisées à 19h00.
30 juin 2026 : Herbier de Posidonie à Sainte-Asile, le déclin confirmé par nos observations de terrain de juin 2026
Lors de la réunion de quartier de Pin Rolland qui s'est tenue le 20 juin 2026, il a été affirmé que les études commanditées par la métropole ne montraient aucun impact des recharges en sable sur l'herbier de Posidonie. Un réexamen du rapport de référence sur le sujet, ainsi que nos observations de terrain les plus récentes, invitent à nuancer sérieusement ce constat.
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