17 septembre 2026. Rade de Toulon : quand la Méditerranée qui se réchauffe met en péril moules et huîtres
La Méditerranée se réchauffe plus vite que la plupart des océans, et ce réchauffement touche désormais des eaux de plus en plus profondes. Dans la rade de Toulon et autour de la presqu’île de Saint‑Mandrier, cette hausse des températures de l’eau n’est plus une donnée lointaine : elle commence à transformer concrètement les conditions de vie des moules et des huîtres élevées localement.
Une Méditerranée qui chauffe « en profondeur »
À l’échelle du bassin, les mesures montrent un réchauffement et une salinisation statistiquement significatifs jusqu’à 3 000–4 000 m de profondeur, avec une accélération marquée depuis le début des années 2020. Une étude publiée en septembre 2026 indique que la vitesse du réchauffement est particulièrement forte en Méditerranée centrale et orientale, et que le signal atteint désormais le fond dans certaines zones comme l’Adriatique.
Ce n’est donc plus seulement la « pellicule » de surface qui chauffe : c’est toute la colonne d’eau qui évolue, modifiant la stratification, la circulation et la capacité de l’eau à transporter oxygène et nutriments. Dans ce contexte, la mer Méditerranée apparaît comme un « point chaud » du changement climatique, avec des températures de surface qui battent régulièrement des records depuis 2022–2024, en particulier cette année 2026.
Des eaux de plus en plus chaudes au large de Toulon et Saint‑Mandrier
Dans le golfe de Toulon et la rade, les données satellitaires et les bulletins océaniques confirment la tendance observée à l’échelle du bassin. En juin 2026, la Méditerranée a connu son mois de juin le plus chaud jamais enregistré, avec une température moyenne de surface de 24,07 °C, nettement au‑dessus des normales 1991–2020.
À l’échelle locale, les relevés satellitaires autour de Toulon montrent des températures de surface de l’ordre de 25 °C en septembre 2026, avec des pics estivaux encore plus élevés lors des vagues de chaleur marines.
Ces valeurs s’inscrivent dans une suite de records :
- 2024 a été l’année la plus chaude jamais mesurée en Méditerranée (température moyenne annuelle autour de 21,5 °C).
- 2025 a maintenu des températures très élevées, avec près de 98% de la surface du bassin au‑dessus de la moyenne.
- L’été 2026 a vu persister des conditions de « canicule marine » dans l’ouest du bassin, donc aussi au large du Var.
Les relevés depuis 2015 de la température des eaux de surface de la station de Tamaris située en petite rade de Toulon confirment cette évolution à l'échelle locale : d'année en année, les maximums de température atteints chaque été y progressent régulièrement (voir graphique ci-dessous).
Evolution de 2015 à 2026 de la température de l'eau de surface à la station de Tamaris située dans la petite rade de Toulon (réseau HTM-NET)
Pour la rade de Toulon et la presqu’île de Saint‑Mandrier, cela se traduit par :
- des étés où l’eau reste longtemps au‑dessus de 24–25 °C en surface ;
- des pics ponctuels pouvant approcher ou dépasser 28–29 °C lors de vagues de chaleur, comme observé ailleurs en Méditerranée occidentale.
Moules et huîtres : des seuils de tolérance déjà franchis
Moules et huîtres sont des animaux filtreurs, fixés, qui ne peuvent pas « fuir » quand l’eau devient trop chaude ou trop pauvre en oxygène. Les études menées en Méditerranée montrent des seuils de tolérance relativement précis :
- Moules :
- Stress important dès 26–27 °C ;
- Mortalité massive au‑delà de 27,5–28 °C en période estivale.
- Huîtres :
- Résistent mieux, mais subissent un stress physiologique fort au‑delà de 28–30 °C ;
- Leur croissance est réduite et leur reproduction perturbée lorsque les températures restent élevées longtemps.
En effet, la moule méditerranéenne, Mytilus galloprovincialis, est une espèce adaptée aux variations naturelles de température, mais elle possède évidemment des limites physiologiques. Une étude expérimentale récente menée dans la lagune de Thau montre que les températures estivales constituent aujourd'hui un facteur majeur de mortalité pour cette espèce.
Les moules et les huîtres sont des animaux filtreurs : elles se nourrissent en pompant de grandes quantités d'eau de mer. Quand la température monte trop et trop longtemps, leur métabolisme s'emballe, elles consomment plus d'oxygène alors que l'eau chaude en contient moins qu’à plus basses températures, et leurs défenses immunitaires s'affaiblissent, ce qui les rend plus vulnérables aux bactéries et aux épisodes de mortalité massive.
Ce n'est plus une hypothèse lointaine : cet été 2026, plusieurs bassins conchylicoles français ont connu des pertes très importantes à cause des vagues de chaleur successives, certains sites (comme l'étang de Thau) ayant même perdu la totalité de leur production de moules.
Dans le bassin de Thau, par exemple, des températures de 25,4 °C dès fin mai 2026 (soit +4 °C par rapport aux normales) ont déjà provoqué asphyxie et surmortalité chez les coquillages.
Des phénomènes similaires sont attendus ou observés dans d’autres lagunes et baies de Méditerranée, dont des zones abritées comme la rade de Toulon, où l’eau peut stagner et se réchauffer rapidement.
Ce que cela signifie pour la conchyliculture dans la rade de Toulon
La rade de Toulon et ses abords (Saint‑Mandrier, La Seyne, Tamaris, etc.) accueillent des parcs à moules et à huîtres, dont certaines exploitations récentes ou reprises par de jeunes producteurs. Ces activités sont déjà confrontées à plusieurs types de pressions :
1. Stress thermique et mortalité estivale
Lorsque l’eau dépasse durablement 26–27 °C :
- Les moules ferment leurs valves, cessent de se nourrir et s’asphyxient progressivement.
- La respiration et le métabolisme des huîtres sont perturbés ; leur croissance ralentit, leur chair peut devenir moins ferme.
- Le risque de « malaïgue » (épisode d’anoxie lié à la chaleur, au manque de vent et à la décomposition de matière organique) augmente, pouvant entraîner des mortalités massives en quelques jours.
Dans un scénario de +1 °C par rapport à aujourd’hui (ce qui est cohérent avec les projections pour 2050), des expérimentations menées par l’Ifremer prévoient une mortalité estivale quasi totale des moules en Méditerranée en 2050.
2. Reproduction décalée et épuisement des stocks
Le réchauffement avance la période de reproduction :
- Au lieu d’une ponte concentrée en juillet–août, on observe désormais des pontes précoces et étalées de mai à septembre.
- Les animaux dépensent plus d’énergie pour se reproduire et supporter la chaleur, et peinent à reconstituer leurs réserves en hiver.
Pour les mytiliculteurs et ostréiculteurs de la rade, cela se traduit par :
- des naissains (jeunes moules et huîtres) plus fragiles ;
- des cycles de production plus longs et plus incertains ;
- un risque accru de pertes en cas d’été caniculaire.
3. Acidification et qualité de la coquille
Le CO₂ émis par les activités humaines ne réchauffe pas seulement l’atmosphère : il se dissout aussi dans l’eau de mer, la rendant plus acide.
Une eau plus acide complique la formation des coquilles calcaires des moules et des huîtres :
- coquilles plus fines, plus fragiles ;
- croissance ralentie ;
- sensibilité accrue aux maladies et aux prédateurs.
Même si la rade de Toulon n’est pas le premier bassin conchylicole français, ces mécanismes y sont à l’œuvre et s’ajoutent aux autres pressions (pollutions, contaminations microbiologiques, conflits d’usage).
Un signal d’alarme très local pour la presqu’île de Saint‑Mandrier
Pour la presqu’île de Saint‑Mandrier, la conchyliculture n’est pas qu’une activité économique : c’est aussi un élément du paysage, de l’identité locale et du lien entre terre et mer.
Le réchauffement de la rade envoie plusieurs signaux d’alarme :
- Des eaux estivales de plus en plus chaudes, visibles dans les données satellitaires et ressenties par les usagers de la mer (plongeurs, pêcheurs, conchyliculteurs).
- Un risque accru de mortalités massives de moules et d’huîtres lors des vagues de chaleur, comme déjà observé dans d’autres sites méditerranéens.
- Une filière qui doit s’adapter : déplacer certains parcs, changer les périodes de production, sélectionner des souches plus résistantes, voire, à terme, certaines zones devenir inadaptées à la mytiliculture.
À cela s’ajoutent les épisodes de contamination (norovirus, bactéries) qui obligent régulièrement à fermer la récolte, comme début 2026 dans la rade de Toulon–La Seyne.
Ces crises successives rendent la profession plus vulnérable face au choc climatique.
Que peut‑on faire, localement ?
Face à cette évolution, plusieurs leviers existent, à différentes échelles :
Pour les producteurs et la filière
- Adapter les pratiques :
- densité d’élevage réduite pour limiter le stress et le manque d’oxygène ;
- choix de zones mieux exposées aux courants et au vent ;
- ajustement des calendriers de production (éviter les périodes les plus chaudes pour les manipulations intensives).
- Sélection génétique et diversification :
- utilisation de souches d’huîtres plus tolérantes à la chaleur, déjà testées en Méditerranée.
- réflexion sur la place de la moule dans les zones les plus exposées, et diversification vers d’autres espèces ou activités (éco‑tourisme, éducation à l’environnement, etc.).
Pour les collectivités et les gestionnaires de la rade
- Intégrer le climat dans la gestion de la rade :
- prise en compte explicite du réchauffement et des canicules marines dans les schémas de développement conchylicole ;
- protection et restauration des herbiers de phanérogames marines et autres habitats qui contribuent à oxygéner l’eau et à stabiliser les fonds.
- Renforcer la surveillance :
- suivi continu de la température, de l’oxygène et de la salinité dans la rade ;
- systèmes d’alerte précoce en cas de risque de malaïgue ou de pics de chaleur prolongés.
Pour les habitants et usagers de Saint‑Mandrier et de la rade
- Réduire les pressions additionnelles :
- limiter les rejets polluants, respecter les aires protégées, participer aux actions de protection du littoral et de la biodiversité marine.
- relayer l’information sur le lien entre émissions de gaz à effet de serre, réchauffement de la mer et avenir des métiers de la mer.
La chaleur peut-elle gagner la profondeur ?
La température de la mer n'est pas répartie uniformément entre la surface et le fond.
Cependant, des travaux récents menés dans le golfe du Lion ont montré que certaines situations météorologiques peuvent faire descendre des eaux exceptionnellement chaudes jusqu'à 30 à 40 mètres de profondeur. Lors d'épisodes de 2022, des vents de sud-est et d'est ont favorisé un phénomène de downwelling, entraînant les eaux chaudes de surface vers les profondeurs.
Cela permet de comprendre pourquoi les organismes vivant sur les fonds rocheux, notamment les gorgones et les communautés du coralligène, peuvent eux aussi être exposés aux canicules marines.
En résumé : un enjeu climatique devenu très concret dans la rade
Le réchauffement de la Méditerranée n’est pas un phénomène abstrait : il se mesure dans la rade de Toulon et autour de Saint‑Mandrier par des eaux estivales de plus en plus chaudes, des records de température qui se succèdent et des conditions de plus en plus difficiles pour les moules et les huîtres.
Les études scientifiques alertent sur un risque d’effondrement de la mytiliculture méditerranéenne d’ici 2050 si aucune adaptation majeure n’est mise en place, tandis que l’ostréiculture verra sa croissance ralentir et ses coûts augmenter.
Pour la presqu’île de Saint‑Mandrier et l’ensemble de la rade, la question n’est plus seulement « combien de degrés en plus ? », mais :
- quelle conchyliculture voulons‑nous dans 10, 20, 30 ans ?
- comment protéger ces activités, ces paysages et ces savoir‑faire face à un climat qui change vite ?
- quel rôle peuvent jouer les habitants, les associations et les élus pour faire de la rade un territoire résilient, où la mer reste vivante et nourricière ?
C’est un sujet typiquement « écologie de terrain » : global par ses causes (émissions de gaz à effet de serre), mais ultra‑local dans ses effets et dans les réponses à construire.
En effet, ce patrimoine conchylicole ne fait pas seulement vivre quelques producteurs : il fait partie de l'identité touristique de la rade, au même titre que ses calanques, ses plages et ses marchés, et contribue à l'attractivité économique de tout le territoire, de Tamaris aux Sablettes.
Le même réchauffement qui fragilise les coquillages a aussi des répercussions directes sur le tourisme balnéaire dont vit une large part de l'économie locale : une mer plus chaude peut affecter la qualité des eaux de baignade lors de fortes chaleurs prolongées, et rebat les cartes des activités nautiques et de la pêche de loisir qui font la réputation de la presqu'île. Autrement dit, ce que nous observons aujourd'hui dans la rade n'est pas une simple curiosité scientifique : c'est un signal à prendre au sérieux pour l'avenir économique et culturel de notre territoire, et une raison de plus d'agir, y compris à notre échelle de famille et d'école.
À l'APE, nous continuerons donc à regarder la mer… sans oublier de regarder les données.
Samedi 5 septembre 2026. Retour sur une matinée des Associations riche en échanges !
Un grand merci à toutes celles et ceux qui sont venus à notre rencontre lors de la matinée des Associations. Ce moment d'échange a été l'occasion de revenir sur les temps forts et les actions menées par l'APE ces 12 derniers mois, notamment notre travail sur le suivi et la publication, entre autres, des récents rapports concernant les pollutions bactériologiques.
1 septembre 2026. Portrait du lys des sables, joyau discret des dunes des Sablettes
En haut de la plage des Sablettes, là où les ganivelles dessinent leurs lignes de bois brut pour protéger le cordon dunaire, une scène discrète se joue chaque été sous les yeux de ceux qui prennent le temps de regarder : le lys des sables (Pancratium maritimum) est en fleurs, et déjà, sur certains pieds, en fruits.
29 août 2026. Qualité des eaux portuaires, risques sanitaires et gestion des activités nautiques
Du déni politique à la responsabilité : l'Arrêté Municipal N° 472-2026
Alors que le maire de Saint-Mandrier accusait régulièrement et encore récemment l'APE de « vouloir interdire les joutes » uniquement parce que notre association demandait des mesures de contrôle et de prévention, (allant jusqu'à réaliser nous-mêmes les prélèvements face à la carence des analyses officielles) et à faire voter une motion de soutien aux Francs Jouteurs en Conseil Municipal, la réalité sanitaire a fini par s'imposer après l’annulation des joutes dans le port de Toulon.
L'APE salue la décision responsable du maire de Saint-Mandrier d'avoir publié, le 25 août 2026 en fin de journée, l'arrêté municipal N° 472-2026 portant interdiction temporaire de la pratique des joutes nautiques à la suite des fortes pluies du 24 août 2026.
27 août 2026. Pollution atmosphérique persistante en rade de Toulon : le déni face à l’urgence sanitaire
Dans le bulletin municipal de décembre dernier, puis dans une publication sur son site en ligne en janvier 2026, le maire M. Vincent, s’était félicité de l'amélioration de la qualité de l'air sur le territoire de la métropole Toulon Provence Méditerranée, sans toutefois citer d'actions concrètes de la métropole susceptibles d'expliquer cette amélioration. Il faut resituer le contexte : ces publications intervenaient à quelques semaines des élections municipales de mars 2026, en pleine campagne électorale. Difficile, dans ces conditions, de ne pas y voir un exercice de propagande électoraliste, mis au crédit d'une action métropolitaine dont M. Vincent est le vice-président en charge de l'environnement.
25 août 2026. Après la pluie, joutes annulées à Toulon pour protéger la santé des jouteurs, et celle des riverains de la rade, alors ?
Une décision de prudence que l'APE salue
Vendredi 21 août, une démonstration de joutes provençales devait réunir les Francs-Jouteurs de Saint-Mandrier dans le port de Toulon, au carré du port / Quai des pêcheurs, à 18h30. La pluie s'en est mêlée. Et la ville de Toulon, dans un communiqué sobre et clair, a pris une décision de bon sens : l'annulation.


