30 juillet 2026 : Cavalas : pollution chronique, « il est urgent d’attendre » ou quand la mairie attaque le lanceur d’alerte plutôt que le pollueur
Depuis près d’une décennie, l’Association de Protection de l’Environnement (APE) et France Nature Environnement documentent, alertent, demandent. Depuis 2018, les signes de pollution chronique sur la plage de Grave-Cavalas (Saint-Mandrier-sur-Mer, Var) sont patents : prolifération d’algues (ulves) indiquant une contamination organique persistante, suspectée provenir des eaux d’un ruisseau débouchant à l’est, issu d’une enceinte militaire. Huit ans plus tard, que s’est-il passé ? Rien. Ou presque : la mairie a choisi de tirer sur le messager, sur le lanceur d’alerte plutôt que de supprimer la source de pollution.
Les deux rus débouchant sur la plage de Grave-Cavalas collectent les eaux pluviales, mais pas que, au niveau du fond de deux petits vallons distincts. Ils apparaissent en trait et tiretés bleu sur la carte IGN au 1 :50000ème.
Pendant que l’APE effectue bénévolement le travail de contrôle qui incombe à l’exploitant, à la commune et à l’Agence Régionale de Santé (ARS), les autorités locales répondent par des attaques personnelles et des dénis. Le bulletin municipal en date d’octobre 2025, signé du maire, accuse l’APE de vouloir « se substituer à l’ARS », met en doute la validité des prélèvements, il embrouille le débat… mais ne répond jamais à la seule question qui vaille : le maire a-t-il mis en demeure le responsable de la source de pollution de cesser ces rejets ?
« Il est urgent d’attendre » : la doctrine qui empoisonne la plage
Cette inaction n’a rien d’un accident. Elle est la traduction concrète de la doctrine que le maire ne cesse d’appliquer : « il est urgent d’attendre ». Attendre que l’ARS daigne agir, attendre que le pollueur bouge, attendre que les analyses soient « officielles », comprenez : réalisées par des organismes que la commune contrôle, attendre que la saison estivale soit passée, attendre que le scandale s’éteigne de lui-même.
Cette doctrine, c’est celle de la paralysie sous couvert de prudence. Sauf qu’ici, elle a un coût sanitaire potentiel bien réel. Pendant que le maire attend, les baigneurs, enfants, parents, personnes âgées, se baignent dans des eaux susceptibles d’être chargées d’entérocoques et d’E. coli. Pendant qu’il attend, les chiens (pourtant interdits) et la faune sauvage continuent de boire de l’eau contaminée. Pendant qu’il attend, les rejets fécaux continuent de déverser leur cargaison dans la mer, sans qu’aucune inspection ni mise en demeure ne soit engagée.
Non, Monsieur le Maire, il n’est plus urgent d’attendre. Il est urgent d’agir.
Des preuves irréfutables, des résultats accablants
L’APE a transmis dès 2018 un rapport intitulé « Contamination bactériologique des eaux du ru de la plage de Grave-Cavalas – Confirmation d’une source de pollution ». À l’époque déjà, le site militaire, la commune, la préfecture, l’ARS avaient été saisies sans jamais répondre ni publier de donnée sur les eaux de ce ruisseau pour le public.
Les exutoires des deux rus débouchant sur la partie au centre et à l’est et de la plage de Grave-Cavalas sont situés au niveau des deux canniers de la plage. Ce n’est pas une surprise puisque la canne de Provence (Arundo donax) se rencontre dans les milieux humides : terrains inondables, berges de cours d’eau, fossés… Les eaux de ces deux rus ont fait l’objet d’un prélèvement le 27 juillet 2026. Les eaux du ru à l’est avaient été prélevées le 29 aout 2025 et le 10 juillet 2026.
Face à ce vide, l’APE a pris ses responsabilités. Des échantillons eaux douces des rus ont été prélevés en toute indépendance et transportés dans les conditions énoncées dans la norme ISO 19458 et l'annexe 5 de la Directive 2006/7/CE. Une procédure stricte de prélèvement est appliquée afin d’éviter toute contamination de l’échantillon par l’extérieur avec l’utilisation de flacons stériles. Les échantillons sont ensuite transportés jusqu’au laboratoire départemental d’analyse et d’ingénierie du Var (LDAI) à une température maximale de 4°C, à l’aide d’une glacière, pour analyse dans les 24 heures par le laboratoire d’analyses.
Le 29 août 2025, un premier échantillon eaux douces du ru a été prélevé, résultat : 1 200 entérocoques/100 mL et 2 400 E. coli/100 mL. Des niveaux qui explosent les seuils réglementaires.
Cette année, le 10 juillet 2026, après plus d’un mois sans pluie, un nouvel échantillon confirme une pollution persistante : 190 entérocoques/100 mL. Preuve que la contamination n’est pas un phénomène accidentel lié aux seules pluies.
Mais le pire est à venir. Les 27 juillet 2026, deux jours après des précipitations de 40 mm, l’APE prélève simultanément les eaux de deux ruisseaux débouchant sur la plage. Les résultats reçus ce jour même 30 juillet sont sans appel :
| Point de prélèvement | Entérocoques (/100 mL) | E. coli (/100 mL) |
| Ru Est (enceinte militaire) rapport d'analyse | > 2 400 | 2000 |
| Ru central rapport d'analyse | > 2 400 | 2000 |
Ces valeurs dépassent la limite maximale (2 400/100mL) de l’intervalle de mesure du laboratoire pour les entérocoques et dépassent évidemment de 10 à 20 fois les seuils de qualité suffisante pour les eaux de baignade. Elles sont le signe d’une contamination fécale massive, chronique et récurrente.
Des sources identifiées, des responsabilités ignorées
Le ru à l’est, issu du site militaire, est confirmé comme un vecteur majeur de pollution bactériologique. Mauvais raccordements, débordements d’installations de traitement des eaux usées, rejets directs… Les causes possibles sont connues, mais aucune inspection n’a été rendue publique.
Le ru central, jusqu’ici ignoré puisqu’il n’est pas mentionné comme un exutoire des eaux pluviales sur le panneau d’information, apparaît tout aussi contaminé.
L’APE s’interroge légitimement sur l’existence d’installations, ouvrages, travaux ou activités (IOTA) relevant de la nomenclature « Eau » (rubrique 2.1.5.0), ces rejets d’eaux pluviales et usées dans le milieu naturel étant soumis à déclaration ou autorisation préfectorale.
Cette vidéo prise le 27 juillet 2026 montre un écoulement permanent du ru Est dont les eaux percolent dans le sable avant de regagner la mer.
Nous observons en effet que ces écoulements sont susceptibles :
- De présenter des dangers pour la santé et la sécurité publiques ;
- De porter une atteinte grave à la qualité du milieu aquatique ;
- De constituer des rejets directs ou indirects, chroniques ou épisodiques ;
- D’altérer durablement la qualité des eaux littorales et des sédiments.
Risques sanitaires : une plage sous haute tension
La plage de Grave-Cavalas est très fréquentée en été, notamment sa zone Est où les propriétaires de chiens, malgré l’interdiction, sont nombreux. La contamination des eaux de baignade et du sable que les eaux traversent pour gagner la mer expose les usagers à des infections gastro-intestinales, cutanées, urinaires, voire plus graves chez les enfants et les personnes immunodéprimées. Les chiens, même interdits, peuvent participer à la transmission de ces pathogènes.
Sur le plan écologique, ces rejets d’eaux résiduaires favorisent l’eutrophisation des eaux côtières et les contaminations bactériennes, virales ou fongiques impactent directement la biodiversité marine.
Face aux preuves, la mairie choisit l’attaque
Plutôt que d’agir, la commune, par la voix de son maire dans le bulletin municipal, a choisi la stratégie du déni et du conflit. On y lit que l’APE « cherche à se substituer à l’ARS », que ses échantillonnages ne seraient « pas corrects », le sujet est embrouillé à volonté… Autant de contre-vérités qui ne répondent jamais à la question centrale : le maire a-t-il, oui ou non, mis en demeure le responsable de la source de pollution de cesser ces rejets ?
Pendant ce temps, l’APE, bénévolement, sans moyens publics, fait le travail que devraient effectuer l’exploitant du site militaire, la commune et l’ARS. Nous documentons, nous prélevons, nous alertons, nous proposons des solutions concrètes. Et en retour, nous récoltons des attaques.
Nos demandes urgentes
Face à cette situation gravissime et persistante, l’APE exige :
- Une inspection immédiate du réseau d’assainissement militaire à l’origine de la pollution du ru Est ;
- L’ajout de points de prélèvements réguliers sur les eaux des deux ruisseaux débouchant sur la plage, avec publication publique des résultats ;
- L’interdiction temporaire de la zone Est de la plage tant que la contamination n’est pas résorbée ;
- Une campagne de sensibilisation des usagers, notamment les propriétaires de chiens ;
- Des études complémentaires : analyses du sable, modélisation hydrologique, traçage des sources de contamination ;
- La mise en demeure formelle du responsable – qu’il s’agisse du ministère des Armées, de la commune ou de tout autre exploitant – de mettre fin à ces rejets illégaux.
Conclusion : assez d’atermoiements, place aux actes
Depuis 2018, l’APE alerte. Depuis 2018, les résultats sont accablants. Depuis 2018, les autorités détournent le regard ou attaquent le lanceur d’alerte. Assez.
La pollution bactériologique chronique de la plage de Grave-Cavalas est un scandale sanitaire et environnemental. Elle est connue, documentée, mesurée. Il ne manque plus que la volonté politique d’y mettre fin.
Aujourd’hui 30 juillet, 5 jours après les pluies du 25 juillet, l’ARS n’a publié aucun résultat de contrôle des eaux de baignade depuis le 21 juillet. Or, le lessivage des sols par les pluies peut entraîner des pollutions bactériologiques significatives. Cette absence d’information constitue un grave manquement à l’obligation d’information du public.
Nous appelons les citoyens à soutenir notre action, à exiger des comptes de leurs élus et à ne plus accepter que la santé publique et l’environnement soient sacrifiés sur l’autel de l’inaction et de la mauvaise foi.
L’APE poursuivra ses prélèvements, ses analyses et ses alertes. Rien ni personne ne nous fera taire. Car après huit années d'alertes, une dernière question demeure : si personne n'est responsable, qui répondra demain des conséquences de cette inaction ?
Protéger notre santé, préserver ce patrimoine naturel inestimable pour lui-même et le transmettre intact aux générations futures : c'est là tout le sens du combat et de l'engagement quotidien de l'APE.
Alors, si vous partagez nos valeurs et notre volonté de protéger durablement la presqu’île,
Soutenez-nous : JE FAIS UN DON
Ensemble, nous pouvons encore faire bouger les lignes.
30 juillet 2026 : Canicules marines en Méditerranée, une menace silencieuse pour la conchyliculture et la biodiversité
L’actualité estivale tourne en boucle et sonne chaque jour l’alarme sur ce qui se passe sur nos terres et dans notre atmosphère : températures records sous abris, sécheresse persistante, départs d’incendies… autant de phénomènes largement anticipés par les scientifiques du GIEC. Une crise tout aussi redoutable se déroule en silence sous la surface : la surchauffe de la mer Méditerranée et la multiplication des canicules marines.
Cet article se concentre sur les canicules marines et leurs conséquences directes sur les productions conchylicoles, en particulier dans la rade de Toulon (Voir notre article du 4 mai 2024).
29 juillet 2026 : Dominique Calmet sur Radio’Active 100FM. Une première émission pour “Active ton climat” consacrée à la Posidonie
Un rendez-vous radio pour l’écologie locale
Le 23 juin dernier, Radio’Active 100FM a lancé sa nouvelle série d’émissions intitulée “Active ton climat”, un rendez-vous mensuel dédié à l’écologie, à la biodiversité et aux initiatives locales qui protègent notre environnement. Pour cette première édition, la radio a choisi de mettre en lumière un sujet essentiel pour notre littoral : la Posidonie, cette plante marine emblématique de Méditerranée, pilier de nos écosystèmes côtiers.
L’émission est disponible en écoute sur le site de la radio : Écouter l’émission
27 juillet 2026 : Respirer la pollution, boire la pureté ? Le grand écart publicitaire sur le port de La Seyne
Elle est là, bien visible, dans les abribus du port de La Seyne-sur-Mer : une publicité pour l'eau minérale Mont Blanc, qui nous promet de « boire la pureté des sommets ». Une image de montagnes immaculées, une eau limpide, une évocation de nature préservée.
25 juillet 2026 : Enfin la pluie… et le parfum de la Terre
Après des semaines de ciel bleu et de chaleur estivale, voire caniculaire, la pluie a finalement fait son retour hier sur la presqu'île. Quelques averses, des nuages aux formes spectaculaires, des jeux de lumière sur la mer et, soudain, ce parfum si particulier qui accompagne les premières gouttes tombant sur une terre desséchée.
Nous sommes nombreux à avoir connu ce réflexe presque instinctif : lever la tête vers les nuages, fermer les yeux un instant et respirer profondément.
Ce parfum particulier a un nom : le pétrichor.
17 juillet 2026 : Réensablements à la chaîne ou quand l’omerta remplace l’étude d’impact
Sainte-Asile, la Capte, et désormais le Canon, le Touring et la Vieille : ce ne sont plus deux dossiers isolés que l’APE documente cet été, mais un véritable mode opératoire généralisé à l’ensemble des plages des presqu’îles, entre Saint-Mandrier et Giens. Un mode opératoire qui se répète avec une constance troublante : qualifier les travaux d’« entretien » pour éviter l’étude d’impact, ne jamais publier les autorisations obtenues, et laisser les herbiers de posidonie protégés en payer le prix.
14 juillet 2026 : Liberté, Égalité, Fraternité… et qualité de l'air ?
Les 13 et 14 juillet, à la même heure, deux vidéos réalisées à 9h30 depuis la presqu'île montrent une scène devenue malheureusement familière : le départ du Mega Express Three de Corsica Ferries et l'émission d'importants panaches de fumées s'échappant de ses cheminées.
- 10 juillet 2026 : Canicule, l'amour est dans les herbes...
- 8 juillet 2026 : Sortie en apnée, la vie foisonnante d'un petit tombant
- 2 juillet 2026 : Rade de Toulon, un panache noir, des habitants, une navette maritime, des tables conchylicoles en première ligne.
- 30 juin 2026 : Herbier de Posidonie à Sainte-Asile, le déclin confirmé par nos observations de terrain de juin 2026
- 26 juin 2026 : « Nettoyage » ou simple régalage ? Les faits avant tout
Page 1 sur 2





