Ce matin, en provenance de Livourne, un nouveau : le navire de croisière Ambience est entré en rade tout panache dehors pour aller accoster au quai Fournel du port de Toulon ! Nous avons été informé qu'une centaine d’escales de navires de croisière avaient été programmées pour l'année 2025 « annoncée comme un bon millésime pour la croisière à Toulon ! ». Pas pour nos poumons.
D’une longueur de 245m pour une largeur de 36m, naviguant sous le pavillon des Bahamas il a été autodéclaré amiral de sa flotte par la récente compagnie Ambassador Cruise Line navire créée en 2021. L’Ambience héberge jusqu’à 1 400 passagers et 650 membres d’équipage dans ses 798 cabines.
Même si nous ne devrions pas le revoir dans la rade cette année, le nuage de pollution de ce vieux navire, construit en 1991 et restauré en 2017 n’est pas le bien venu.
Et en effet, la 2ème édition du Forum citoyen de l'air organisé avec la Région à Marseille par France Nature Environnement-PACA et Atmosud hier a permis de dresser le bilan des mesures de Capt'air, le réseau de capteurs citoyens s’appuyant sur des associations locales. Les résultats des mesures de particules ont mis en évidence des niveaux très élevés de pollution en particules fines (PM 2.5) dans l'atmosphère toulonnaise. Chercher les sources locales de pollution !
Ce jeudi soir, la Conférence-débat sur les liens entre les pollutions de l’air et les maladies qu’elles provoquent était organisée par les associations Comptoir de idées et Zéro fossile Toulon. Cette conférence était animée par le Dr Pierre Souvet, cardiologue, président de l’Association Santé Environnement France (AESF)(AESF). Pierre Souvet, spécialiste du sujet, a évidemment passionné les participants en passant en revue les différents types de pollutions atmosphériques et leurs conséquences mortifères sur notre santé.
Reconnue d’intérêt général, l’ASEF publie de petits guides pour aider chacun à mieux se protéger qui sont disponibles sur son site www.asef-asso.fr
Nous habitants de la métropole toulonnaise, nous sommes tous concernés par les polluants émis par les moteurs des véhicules, navires, chauffage... Les navires à quai ou dans la rade en sont un triste exemple quotidien (Photographies du Mega Express de la compagnie Corsica Ferries battant pavillon italien prises le 27 février 2025 à 17h15 et 20h07).
Toulon by night (Photographies de Toulon prises de la rade le 27 février 2025 vers 20h15).
Les branchements électriques des quais militaires ne réduisent pas les pollutions en entrées-sorties de rade des navires guerriers. Seules les améliorations sur les motorisations avec des changements des carburants permettront des avancées dans la réduction des pollutions atmosphériques dues au transport maritime qui contribue à 3% des émissions mondiales des gaz à effet de serre…
Conflit d’usages : Une barge militaire (Engin de Débarquement Amphibie Rapide) fait des aller-retours dans la rade laissant un nuage de pollution dans son sillage alors que les pêcheurs y déposent leurs filets et les amateurs de voile s’y promènent (Photographies prises le 13 février 2025).
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Point d’actualité : les comprimés d’iode sont disponibles dans les trois pharmacies de la presqu’ile.
Nous vous l’annoncions récemment, et après différents retards, la campagne de mise à disposition de comprimés d’iode stable aux personnes habitant les 4 communes inscrites dans le périmètre du plan particulier d’intervention (PPI) du port militaire de Toulon à savoir Toulon, La Seyne-sur-Mer, Ollioules et Saint-Mandrier-sur-Mer a commencé ce jour.
C’est le ministère des Armées , exploitant des installations nucléaires du port de Toulon, qui organise la campagne de mise à disposition préventive de comprimés d’iode stable dans le périmètre du Plan particulier d’intervention (PPI)11 du port militaire de Toulon.
L’ingestion de comprimés d’iode stable, généralement sous la forme d’iodure de potassium, est l’une des trois mesures du PPI avec la mise à l’abri et l’évacuation des populations.
En effet, en cas d’accident nucléaire, le rejet dans l’atmosphère d’isotopes radioactifs de l’iode peut avoir des conséquences sanitaires sur les personnes qui les inhalent avec l’air qu’elles respirent ou les ingèrent avec de la nourriture contaminée. Les isotopes radioactifs incorporés se fixent ensuite dans la glande thyroïde qu’ils irradient, augmentant le risque de développer un cancer de la thyroïde, en particulier chez les enfants comme cela a été observé en Ukraine à la suite de l’accident de Tchernobyl.
Même lorsque toutes les règles de sûreté sont bien établies et respectées, les accidents ou les actes de malveillance sur des installations nucléaires sont par définition imprévisibles, c’est pourquoi il est essentiel d’être prêt à faire face aux éventuels risques radiologiques pour en minimiser les conséquences sur la santé des populations. Par vent de 30 m/s, les masses d’air contaminées par les rejets radioactifs lors d’un accident sur une installations nucléaires parcouru en moins de 2 minutes la distance de 4 km qui sépare les quais du port militaire du littoral nord de Saint-Mandrier. (Exemple de calcul de dispersion du panache en situation réelle par vent du 135° soufflant en direction du sud-est à 30m/s tel que mesuré le 13 décembre à 12h00).
L’ingestion de comprimés d’iode stable une heure avant que les personnes soient exposées et au plus tard dans les 6 à 12 heures qui suivent la contamination permet de saturer la thyroïde en iode qui, ainsi, ne peut plus assimiler les isotopes radioactifs d’iode. Evidemment l’ingestion d’iode stable ne protège pas contre les effets des autres éléments radioactifs qui pourraient être libérés dans l’environnement (césium 134, césium 137, etc.).
C’est le préfet qui décide d’informer les personnes susceptibles d’être contaminées par les rejets d’isotopes radioactifs d’iode de la prise des comprimés d’iode stable qui ont été prédisposés dans les pharmacies des communes couvertes par le PPI.
La prise de comprimés d’iode stable permet de protéger efficacement la thyroïde en cas d’accident d’une installation nucléaire entraînant un rejet d’iode radioactif. Après instruction du préfet, ces comprimés sont à ingérer très rapidement en cas d’accident nucléaire avec rejet de radionucléides dans l’atmosphère.
Le risque d’effets indésirables lors de la prise d’iode stable est très faible ou comparable à beaucoup d'autres médicaments. Les effets suivants peuvent être constatés : goût métallique en bouche, nausées, vomissements, diarrhées, gastralgies, troubles du rythme cardiaque, hyperthyroïdie. Plus rarement : hypothyroïdie, éruptions cutanées. Parlez en à votre médecin généraliste.
Objet de nos demandes répétées en 2019, 2020, 2021, les habitantes et habitants de la commune de Saint-Mandrier bénéficient des mesures de protection adéquates qui s’appliquent à la commune maintenant intégrée au PPI alors qu’elle ne l’était pas sur le précédent PPI datant de 2012. Les différentes composantes du PPI nucléaire du port militaire de Toulon annoncée en 2022 sont donc maintenant en place.
Reste que nous avons demandé que le dispositif de surveillance atmosphérique de la radioactivité soit renforcé par l’installation de nouvelles stations de mesure de la radioactivité au niveau de la presqu’ile afin de permettre le suivi en temps réel d’une éventuelle contamination de l’air de Saint-Mandrier.
Pour rappel, le PPI, établi sous l’autorité du préfet, définit l’organisation des secours en cas d’accident dans une INB (installation nucléaire de base), lorsque les conséquences du sinistre sont susceptibles d’affecter les populations et l’environnement. Ce plan est un volet des dispositions du plan ORSEC départemental. Le document décrit les moyens techniques et humains de protection et de secours, leur organisation ainsi que l’information en direction du public en cas d’alerte d’accident nucléaire dans un rayon autour du site de l’INB.
Pour en savoir plus
Le 26 décembre 2024, BFM-Toulon reportait que l’exécutif de la Métropole Toulon Provence Méditerranée, appliquant sa politique environnementale habituelle, à savoir qu’il est urgent d’attendre en la matière, différait « l'entrée en vigueur de la Zone à faible émission (ZFE) à compter du 1er janvier 2025. Mais cette mesure, qui vise à interdire aux véhicules les plus polluants l'accès au territoire de la métropole, n'est plus jugée nécessaire pour le moment. "La métropole, au niveau de la qualité de l'air, est conforme à la réglementation européenne", assure Gilles Vincent ». Gilles Vincent est vice-président en charge de la protection de l’environnement, développement durable, transition écologique et énergétique président du Syndicat mixte intercommunal de transport et de traitement des ordures ménagères de l'aire toulonnaise (Sittomat) et tutti quanti, il sait donc de quoi il parle…
Hélas patatras, le lendemain, le 27 décembre 2024, les niveaux de particules fines (PM10) atteignent le niveau 1 d'alerte, dépassant 50 µg/m³, la limite journalière fixée par la réglementation avec des niveaux d’ozone dépassant le seuil réglementaire. Le préfet de la région PACA déclenchait la procédure d'alerte à la pollution aux particules fines de niveau 1 pour le Var. Dans un communiqué, il précise qu'une "procédure d’information-recommandation est activée pour un épisode de pollution de l’air aux particules fines dans le Var, liées au chauffage, trafic routier et activités industrielles" et recommande de réduire les "activités physiques et sportives intenses (dont les compétitions)", mais aussi recommande de limiter les "déplacements privés et professionnels, ainsi que l’usage de véhicules automobiles en privilégiant le covoiturage et les transports en commun".
Qu’on se rassure, ces limitations ne concernaient pas les ferries qui ont continué leurs navettes quotidiennes entre Toulon et les ports corses en polluant l’atmosphère. De plus, chaque ferry pouvant transporter jusqu’à 500 véhicules, ce sont des centaines de véhicules qui ont pollué l’air de la métropole en embarquant ou débarquant en plein centre ville de Toulon !
Qu’en a-t-il été de cette pollution annoncée ? Eh bien oui elle a bien eu lieu. Des pics de pollutions aux particules en suspension de tailles inférieures à 2,5µm (PM2,5) et 10µm (PM10) mais aussi en dioxyde d’azote gazeux (NO2) ont bien été enregistrées aux 3 stations toulonnaises et à celle de La Seyne de l’association Atmosud avec des concentrations préoccupantes dans l’air que nous respirons.
Evolution au cours du temps des concentrations des polluants intégrés sur 15 minutes. Des pics de concentrations dépassant les 80 µg/m3 de NO2 et dépassant les 100 µg/m3 de particules en suspension de tailles inférieures à 10µm ont été observées sur des période de 15 minutes entre le 25 décembre 2024 et le 1er janvier 2025.
Alors qu’en est-il pour notre santé ?
Tous les experts et médecins sont d’accord sur les conséquences négatives de ces pollutions de l’air sur notre santé. A partir des derniers résultats des études épidémiologiques et toxicologiques publiées en Europe et en Amérique du Nord, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans son dernier rapport sur le sujet publié en 2021 a établi des valeurs guides de concentrations dans l’air pour 12 polluants atmosphériques. Ces dernières normes sont généralement très inférieures à celles que l’organisation avait recommandées initialement en 2005.
La raison en est indiquée dans le rapport de 2021 : « le dépassement des valeurs guides pour la qualité de l'air (air quality guideline : AQG) est associé à des risques importants pour la santé publique. Ces lignes directrices ne constituent pas des normes juridiquement contraignantes ; cependant, ils fournissent aux États membres de l’OMS un outil fondé sur des données probantes qu’ils peuvent utiliser pour éclairer la législation et les politiques. En fin de compte, l'objectif de ces lignes directrices est de fournir des orientations pour aider à réduire les niveaux de polluants atmosphériques afin de réduire l'énorme fardeau sur la santé résultant de l'exposition à la pollution atmosphérique dans le monde entier ».
Les nouvelles normes de qualité de l’air pour la protection de la santé humaine fixées pour 2030 par la directive européenne révisant la directive 2008/50/CE comparées avec les nouvelles valeurs guides de l’OMS publiées en 2021.
A partir des valeurs guides de l’OMS, des valeurs limites de concentration horaires, journalières et annuelles sont ensuite établies par les pouvoirs politiques pour 12 polluants atmosphériques.
Ainsi, à partir des nouvelles recommandations publiées par l’OMS des nouvelles normes européennes ont été adoptées le 24 avril 2024 par le Parlement européen, pour être appliquées à partir de 2030. Elles abaissent la majorité des normes actuelles datant de 2008 mais malheureusement elles ne seront pas aussi contraignantes que les valeurs guides de l’OMS.
Cela sera malgré tout un progrès puisque qu’actuellement pour les deux polluants ayant la plus forte incidence sur la santé humaine, à savoir les PM2,5 et le NO2, il n’y a pas de norme journalière définie dans la réglementation ! Pour ces deux polluants, les valeurs limites journalières européennes devront être appliquées en 2030 dans les pays de l’Union et celles annuelles doivent être réduites de plus de moitié, passant respectivement de 25 µg/m³ à 10 µg/m³ et de 40 µg/m³ à 20 µg/m³.
Evolution journalière des concentrations en NO2, PM10 et PM2,5 entre le 20 décembre 2024 et le 3 janvier 2025 mesurées aux stations de Toulon Claret, Foche, TCA et de La Seyne sur mer. Les données de la station Esterel sont représentées pour comparaison avec un site hors de l’influence immédiate d’une zone urbaine. Pendant la période de pollution les concentrations en NO2 atteignent le double de la valeur guide de l’OMS et dépassent les limites européennes prévues pour 2030.
Annoncée par les élus depuis 2019, l'entrée en vigueur de la ZFE pour la métropole est donc encore une fois renvoyée aux calendes grecques sans que l’on en connaisse les raisons. Une arlésienne locale qui occupe les esprits. Certains disent que c’est à cause des retards pris dans la mise en place des transports collectifs en site propre, du bus à haut niveau de service (BHNS), du tramway, etc. qui seraient des alternatives au déplacement utilisant les véhicules individuels. D’autres que c’est pour maintenir les rotations des Corsica ferries à Toulon.
En effet, comment une ZFE en centre ville pourrait-elle autoriser la présence de navires qui aggravent la pollution par les rejets de polluants de leurs vieux moteurs et de ceux des centaines de véhicules embarquant/débarquant sur les navires à chaque rotation. D’autres encore se posent des questions sur l’impact des rejets atmosphériques de polluants de l’Unité de valorisation énergétique SITTOMAT, etc.
A cette même période les élus en charge de la métropole ont psalmodié sur tous les médias leurs meilleurs vœux pour 2025 tout en retardant la mise en place de la ZFE prévue au 1er janvier 2025 qui a pourtant pour objectif de réduire l'énorme fardeau sur la santé résultant de l'exposition à la pollution atmosphérique…
Ah oui aussi, la station Atmosud de mesure des polluants de La Seyne sur mer devrait être supprimée alors qu’un nombre de croisiéristes devrait augmenter en 2025 et alors que la nouvelle directive prévoit plus de points de prélèvement de la qualité de l’air dans les villes. Pas de données, pas de problème…
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