Pendant que la presqu'île profite de ses premiers beaux jours de printemps, à des milliers de kilomètres d'ici, l'Inde suffoque. Et pas comme d'habitude.
19 des 20 villes les plus chaudes du monde : toutes en Inde
Depuis la mi-avril 2026, une vague de chaleur d'une précocité et d'une intensité exceptionnelles frappe le sous-continent indien. Le thermomètre affiche 43°C à New Delhi, et ce n'est qu'un début. Selon l'IQAir, 19 des 20 villes les plus chaudes de la planète se trouvent actuellement en Inde. Bhagalpur (Bihar), Talcher (Odisha), Asansol (Bengale-Occidental) ... des noms peu connus mais des chiffres qui parlent d'eux-mêmes : 42, 43, parfois plus de 44°C, en plein mois d'avril.
L'Inde connaît une vague de chaleur exceptionnellement intense et étendue en avril 2026, avec une forte hausse des températures dans le nord et le centre du pays. Des villes comme Hyderabad, Delhi, Nagpur, Jaipur et Ahmedabad enregistrent déjà des températures supérieures à 40 °C, des niveaux généralement observés fin mai ou début juin (Source : Pulse India News).
Or, la canicule en Inde, c'est normalement un phénomène de mai. Comme le résume brutalement un titre de presse : « une vague de chaleur frappe le pays avec un mois d'avance ». Le département météorologique indien (IMD) a émis des alertes dans une dizaine d'États. Des dizaines d'écoles ont été fermées. Les autorités sanitaires conseillent de s'hydrater toutes les heures.
Ce qui rend cet épisode particulièrement préoccupant, c'est la persistance des températures nocturnes anormalement élevées, qui empêchent les corps de récupérer. Pas de répit la nuit. Le stress thermique est permanent. Le Pakistan voisin subit lui aussi des pointes à 46–47°C.
Des océans qui n'en peuvent plus : les signaux sont au rouge
Cette canicule n'est pas un accident météorologique isolé. Elle s'inscrit dans une dynamique planétaire que les scientifiques observent avec une inquiétude croissante.
La température de surface des mers et océans bat de nouveaux records en ce printemps 2026. Selon les données de la NOAA compilées par Copernicus, la moyenne mondiale dépasse actuellement les 21°C, au-dessus des pics de 2024, eux-mêmes déjà records.
Et ce qui rend ce chiffre particulièrement alarmant, c'est qu'il n'est pas lié à un épisode El Niño : nous sommes en phase neutre. Autrement dit, sans le coup de pouce habituel du Pacifique chaud, les océans sont déjà à leur limite historique. Avec le retour probable d'El Niño cet été 2026, les climatologues s'attendent à une nouvelle accélération.
Température moyenne journalière de la surface de la mer (°C) de l'océan mondial en dehors des zones polaires (60°S–60°N) pour 2023 (jaune), 2024 (orange), 2025 (rouge) et 2026 (rouge foncé). Les autres années entre 1979 et 2022 sont représentées par des lignes grises. La moyenne journalière pour la période de référence 1991–2020 est représentée par une ligne grise pointillée. (Copernicus, Source des données : ERA5. Crédit : C3S/ECMWF).
Ce n'est pas tout. En 2025, pour la neuvième année consécutive, la teneur en chaleur des océans a battu un record historique. L'Atlantique tropical et Sud, le Pacifique Nord, l'océan Indien et l'océan Austral : partout, la chaleur s'accumule. Les experts de Mercator Ocean International, dont l'océanographe Karina von Schuckmann, sont formels : « La plus grande incertitude du système climatique n'est plus la physique, mais les choix que l'humanité fait. »
Ces océans surchauffés ne sont pas une abstraction : ils alimentent des cyclones plus intenses, des pluies plus violentes, des vagues de chaleur plus fréquentes, exactement ce que l'Inde endure en ce moment même.
Pendant ce temps, à Saint-Mandrier...
On nous permettra ici une digression méditerranéenne, non sans rapport.
Notre presqu'île n'est pas l'Inde. Nos 25°C du mois d'avril ne tuent pas. Et pourtant, les signaux d'alerte climatique ne manquent pas ici non plus : épisodes de chaleur de plus en plus précoces, sécheresses récurrentes qui menacent nos collines et nos forêts, prolifération d'espèces invasives, régression des herbiers de posidonie que nous surveillons depuis des années.
Face à ces réalités, nous observons avec une certaine stupéfaction que certains responsables locaux semblent avoir adopté comme principe d'action la maxime bien connue : il est urgent d'attendre. Les projets d'urbanisation avancent, les décisions de protection du littoral tardent, les engagements sur la qualité de l'air se perdent dans les méandres administratifs, et les ferries continuent de cracher leur fumée noire sur la rade pendant qu'on célèbre des progrès dus à des actions imaginaires.
L'urgence d'attendre a ses adeptes. Ils arguent que les données ne sont pas assez précises, que les modèles sont incertains, que l'économie prime, que ce n'est pas le bon moment. Pendant ce temps, les océans chauffent, les canicules arrivent un mois trop tôt à l'autre bout du monde, et les herbiers de posidonie blanchissent dans notre rade.
Ce que nous dit l'Inde
L'Inde n'est pas un cas isolé. C'est un miroir. Ce qui se passe là-bas aujourd'hui, avec ses travailleurs précaires qui ne peuvent pas s'arrêter de travailler par 43°C, ses écoliers renvoyés chez eux, ses millions de personnes sans climatisation face à des nuits sans répit, c'est la démonstration grandeur nature de ce que signifie concrètement le réchauffement climatique pour les populations les plus vulnérables.
Le lien entre les records de chaleur en Inde et les records de température des océans est établi par la science. Ce ne sont pas deux phénomènes séparés. Ce sont les deux faces d'un même processus : l'accumulation de chaleur dans le système climatique terrestre, alimentée par des décennies d'émissions de gaz à effet de serre.
L'APE n'a pas vocation à donner des leçons de politique internationale. Mais nous avons depuis 1983 la vocation de dire ce que nous voyons, ici et ailleurs, et de refuser que l'évidence soit passée sous silence.
Ce que nous voyons aujourd'hui, c'est une planète qui envoie des signaux de plus en plus forts. Et ce que nous entendons, parfois, à Saint-Mandrier comme ailleurs, c'est le bruit rassurant de ceux qui font semblant de ne pas les recevoir.

