Trois des plus grands trimarans de course au monde ont élu domicile à La Seyne pour quelques jours. Entre exhibitions et réglages secrets, un spectacle rare s'offre depuis nos côtes.
La mer était calme, argentée sous le soleil, à peine ridée d'un souffle de vent, et pourtant, au large de la presqu'île, trois silhouettes démesurées filaient à des vitesses impossibles. Les Ultim sont là. Ces trimarans de 32 mètres, les plus rapides voiliers de course au monde, ont rejoint La Seyne-sur-Mer début mai pour un regroupement exceptionnel : à la fois exhibition, entraînement partagé et mise au point technique avant la grande échéance de l'automne.
Trimarans Ultim en entraînement au large de la presqu'île de Saint-Mandrier. La mer calme et la lumière rasante du matin offrent un cadre exceptionnel aux réglages des foils.
Ce rendez-vous méditerranéen n'est pas anodin. Il intervient après le report de l'Odyssée Ultim, course en équipage initialement prévue au départ d'Antibes fin avril, et constitue pour les équipes une occasion précieuse de naviguer ensemble, de comparer les performances et d'affiner leurs réglages dans des conditions de Méditerranée, un plan d'eau très différent de leurs habituelles eaux bretonnes. Pour les riverains de la rade et les habitants de la presqu'île, c'est une chance inouïe : observer depuis la côte ou depuis un bateau ces machines volantes qui, dans quelques mois, s'élanceront de Saint-Malo pour traverser l'Atlantique en solitaire.
Trois monstres de carbone et de fibre
Actual Ultim 4 (à gauche) Skipper : Anthony Marchand, SVR Lazartigue (au centre) Skipper : Tom Laperche, Co-skipper : Franck Cammas, BP Solo Sailor (Maxi Banque Populaire XI) Skipper : Armel Le Cléac'h (à droite).
Ces trois trimarans appartiennent à la classe Ultim, la catégorie reine de la course au large. Des plateformes entièrement construites en carbone, équipées de foils, ces appendices en forme d'aile qui permettent au bateau de se soulever littéralement hors de l'eau, capables d'atteindre des vitesses supérieures à 40 nœuds, soit plus de 70 km/h sur l'eau. Quand ils passent au large de Saint-Mandrier sous voile, la sensation est saisissante : les embruns projetés à plusieurs mètres, la légèreté apparente d'un engin de 32 mètres qui semble défier les lois de la physique.
Le large de la rade de Toulon comme terrain d'entraînement : un Ultim en pleine pointe de vitesse, foils déployés, au large de la presqu'île.
Cap sur la Route du Rhum, départ le 1er novembre
Ces journées méditerranéennes ont un objectif précis : préparer la Route du Rhum — Destination Guadeloupe 2026, dont le départ sera donné le 1er novembre depuis Saint-Malo. Six Ultim y sont inscrits, dont les trois présents à La Seyne. Pour SVR Lazartigue et Banque Populaire, ce convoyage depuis la Bretagne jusqu'en Méditerranée était lui-même un premier duel informel, l'occasion de jauger les nouvelles paires de foils embarquées pour cette saison.
La Route du Rhum est l'une des courses à la voile les plus mythiques du monde : plus de 3 500 milles nautiques en solitaire, de Saint-Malo à Pointe-à-Pitre, sans escale ni assistance. Dans la classe Ultim, les meilleurs skippers bouclent la traversée en moins de six jours. L'enjeu sportif est immense — et la préparation en conditions réelles, dans un cadre aussi protégé que notre rade, est un luxe que les équipes savent apprécier.
La silhouette effilée d'un Ultim se découpe sur la mer argentée, avec la presqu'île de Saint-Mandrier en toile de fond, un tableau que peu de riverains ont la chance d'observer aussi près même si l’importante silhouette des porte-containers est souvent visibles ici le MSC Celestinomaresca. La magie du spectacle est cependant quelque peu gâchée par l'imposante silhouette du porte-conteneurs MSC Celestino Maresca visible sur l’horizon, qui rappelle que la Méditerranée est aussi l'une des grandes voies du commerce maritime mondial.
Pour l'APE, qui observe et documente depuis des années la vie de la rade sous tous ses aspects, environnementaux, patrimoniaux, humains, la présence de ces trimarans est un rappel de ce que notre presqu'île offre de plus précieux : un emplacement géographique d'exception, entre ciel et mer, où l'histoire de la navigation continue de s'écrire sous nos yeux.