Le 9 août 1945, à 11 h 02, une bombe atomique explosait au-dessus de Nagasaki. Quatre-vingt-une années plus tard, la commémoration de cette catastrophe ne doit pas seulement nous ramener à l’histoire. Elle doit aussi nous rappeler ce que signifie, pour une population civile, vivre à proximité d’une infrastructure stratégique susceptible de devenir une cible en période de conflit.
Pourquoi Nagasaki ?
Nagasaki n’était pourtant pas la première cible prévue pour le 9 août. Dans les ordres américains du 25 juillet 1945, quatre villes figuraient parmi les objectifs possibles : Hiroshima, Kokura, Niigata et Nagasaki.
Le 9 août, le bombardier américain Bockscar se dirige d’abord vers Kokura, qui constituait la cible principale. Mais lorsque l’avion arrive au-dessus de la ville, celle-ci est masquée par les fumées et les nuages. Après plusieurs passages infructueux, l’équipage se dirige vers la cible alternative : Nagasaki.
Là encore, les conditions météorologiques compliquent le bombardement. Une ouverture dans les nuages permet finalement au bombardier de repérer son objectif et de larguer Fat Man, une bombe au plutonium dont la puissance est estimée à environ 21 kilotonnes, soit l’équivalent de 21 000 tonnes de TNT.
À 11 h 02, la bombe explose à environ 500 mètres d’altitude, au-dessus du quartier d’Urakami.
Le choix de Nagasaki fut donc en partie le résultat d’une succession de circonstances opérationnelles et météorologiques. Pour les habitants, cette distinction n’avait évidemment aucune importance.
Une ville prise entre les montagnes et la mer
La géographie de Nagasaki est particulière. La ville s’est développée autour d’une baie étroite, au fond d’un relief très accidenté. Les quartiers occupent les vallées et les pentes qui entourent le port. Le quartier d’Urakami, où se produisit l’explosion, se trouve lui-même dans une vallée entourée de collines. Cette configuration géographique a joué un rôle dans la propagation des effets de l’explosion.
Cette géographie nous est familière. Toulon est elle aussi une ville littorale profondément liée à sa rade, entourée de reliefs et organisée autour d’un espace portuaire stratégique.
Bien évidemment, les deux villes ne sont comparables ni historiquement ni militairement. Mais cette proximité géographique, une ville au bord de la mer, structurée autour d’un port et contrainte par un relief important, permet de mieux comprendre pourquoi la topographie constitue un élément essentiel lorsqu’on réfléchit aux conséquences possibles d’une explosion majeure dans une ville portuaire.
Une catastrophe qui ne s’est pas arrêtée à l’explosion
À Nagasaki, le bilan humain fut immédiatement effroyable. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 70 000 ± 10 000 personnes seraient mortes entre le 9 août et le 31 décembre 1945.
Mais le bilan ne s’est pas arrêté en 1945. Les survivants ont subi les effets combinés de la chaleur, du souffle et des rayonnements ionisants. Dans les années et les décennies suivantes, des pathologies liées à l’exposition ont continué à être observées, notamment des leucémies et d’autres cancers.
Les survivants, les hibakusha, ont également porté pendant des décennies les conséquences psychologiques et sociales de la catastrophe. Le registre officiel tenu par la ville de Nagasaki compte au 9 août 2025, comptabilisait précisément 201 942 noms de personnes inscrites comme victimes décédées de la bombe atomique.
Des armes nucléaires qui ont considérablement évolué
La bombe de Nagasaki développait environ 21 kilotonnes. Les armes nucléaires actuelles peuvent atteindre des puissances très supérieures. Mais la comparaison ne doit pas se limiter à la seule force explosive.
Depuis 1945, les vecteurs, les systèmes de guidage, la précision et les doctrines d’emploi ont radicalement changé. Une cible n’est plus à la merci des conditions météorologiques comme l’était Nagasaki ce 9 août-là. La technologie a progressé. Les impacts et les risques aussi.
Et à Toulon ?
Toulon n’est évidemment pas Nagasaki. Mais notre ville abrite une infrastructure militaire stratégique majeure, dans une rade étroitement urbanisée. Elle constitue donc un territoire particulier lorsqu’on réfléchit aux conséquences possibles d’un conflit majeur.
La France se prépare aujourd’hui à l’hypothèse d’un retour d’un conflit de haute intensité en Europe. La question de la préparation des populations civiles mérite donc, elle aussi, d’être posée.
Nagasaki comptait environ 240 000 habitants au moment de l’explosion. Aujourd’hui, le territoire de la Métropole Toulon Provence Méditerranée compte plus de 456 000 habitants, dont près de 180 000 à Toulon même.
Cette comparaison ne signifie évidemment pas qu’un éventuel événement à Toulon aurait les mêmes conséquences qu’à Nagasaki. Elle donne toutefois une autre dimension à la question de la préparation des populations civiles lorsqu’une agglomération fortement urbanisée abrite, au cœur de sa rade, une infrastructure militaire stratégique.
En cas d’alerte lors d’un conflit nucléaire
- Les habitants savent-ils où se mettre à l’abri ?
- Quels bâtiments pourraient réellement offrir une protection ?
- Quelles seraient les consignes à appliquer dans les premières minutes ?
- Comment seraient protégés les enfants dans les écoles, les personnes âgées et les personnes vulnérables ? nucléaire, que se passerait-il ?
Et au-delà du risque nucléaire lui-même, alors que les épisodes de chaleur extrême et les incendies mettent sous tension les moyens de secours dans notre région, notre territoire dispose-t-il réellement de capacités suffisantes pour faire face à une crise majeure, voire à plusieurs crises simultanées ?
Ce sont des questions difficiles. Mais la prévention consiste précisément à les poser avant qu’une catastrophe ne survienne.
Se souvenir pour se préparer
La commémoration de Nagasaki n’est pas seulement un devoir de mémoire. Elle nous rappelle ce que peut produire une arme nucléaire lorsqu’elle frappe une ville. Elle nous rappelle aussi que la préparation des populations civiles fait partie intégrante de la prévention des risques.
À Nagasaki, aucun des habitants ne pouvait imaginer ce qui allait se produire à 11 h 02. À Toulon, nous avons au moins la possibilité d’y réfléchir à l’avance.
Se souvenir de Nagasaki, ce n’est évidemment pas prédire une catastrophe. C’est refuser de considérer qu’elle est impossible.
Et c’est surtout faire en sorte que, si l’impensable devait un jour se produire, les populations ne découvrent pas trop tard comment elles auraient dû se protéger.