Les périodes électorales sont propices aux excès, aux propos caricaturaux et aux affirmations péremptoires. À Saint-Mandrier, notre émule local de Trump, autoproclamé « spécialiste des coups tordus », ne déroge pas à la règle : tracts titrés « ils vous mentent », attaques ad hominem, certitudes assénées sur tous les sujets, y compris bien au-delà de ses compétences.

Ce comportement porte un nom : l’ultracrépidarianisme, l’art de donner des leçons sur des domaines que l’on ne maîtrise pas, en ignorant les travaux scientifiques et les alertes documentées depuis des années.

Quand M. Vincent attaque… en oubliant ses propres déclarations

Dans un message sur les réseaux sociaux intitulé « Fotomaniac » (sic), M. Vincent s’en prend à « une association de protection de l’environnement connue dans le monde entier mais qu’à Saint-Mandrier », ainsi qu’aux scientifiques, en ironisant sur notre dernier article montrant des « fotos » et vidéos où la mer déborde sur la place des Résistants, les quais, de routes submergées interdites à la circulation (pour lui ce sont des flaques).

Il prétend dans son post que nous le mettrions en cause, ce qui est faux comme vous pouvez le vérifier facilement. Délire de persécution ? Curieusement, il suggère que ceux qui documentent ces épisodes « ne croiraient pas à la montée des eaux », affirme que « tous les ports débordent » lors des pluies, que si le réseau pluvial se déverse dans le port c’est « la faute à la loi Duflot », et en même temps, il se présente en rempart contre une supposée dramatisation des risques climatiques. On vous laisse chercher la logique du raisonnement.

Problème : les faits, eux, sont têtus.

Et si finalement c’était vrai… Petits rappels utiles (documents à l’appui)

Lors du conseil métropolitain TPM du 16 novembre 2023, le même maire déclarait qu’« il est urgent d’attendre pour vérifier que la mer montera en 2100 » (sic), propos pour le moins climatosceptiques qui avaient fait réagir l’opposition ((procès-verbal, page 18).

Depuis, les submersions répétées à Toulon, la Seyne, Saint-Mandrier et ailleurs n’ont pas vraiment confirmé, c’est le moins qu’on puisse dire, la perspicacité de cette stratégie de l’« attente ».

Une commune absente des dispositifs de prévention du recul du trait de côte

En application de la loi Climat et Résilience du 22 août 2021, une liste de communes littorales devant adapter leur urbanisme à l’érosion côtière a été établie en 2022 puis actualisée en 2024 (317 communes). Saint-Mandrier n’y figure toujours pas.

Ce choix n’est pas neutre :

  • la commune se prive de subventions pour bénéficier des appuis techniques (Cerema, BRGM) pour étudier finement l’érosion et la submersion ;
  • aucune anticipation sérieuse, alors même que 317 communes bénéficient aujourd’hui de ces dispositifs,
  • il envoie le signal que le risque serait négligeable, alors même que certaines zones sont clairement identifiées comme submersibles dans les documents transmis par le préfet.

 Carte submersion

Les porters à connaissance préfectoraux adressés au maire indiquent, en bleu, les zones de submersion de leur commune. Des secteurs urbanisées/urbanisables y apparaissant dans le PLU-2017 de Saint-Mandrier.

Fort de cette position, dans le même temps, il a délivré des permis de construire dans une zone littorale exposée à ce risque, notamment à Pin-Rolland, en contradiction avec les alertes sur la submersion, l’imperméabilisation et l’augmentation des ruissellements.

Ce que l’APE a réellement défendu à Pin-Rolland

Contrairement aux insinuations du maire, l’APE ne découvre ni la montée des eaux, ni les risques de submersion. Elle les documente depuis des années et les a fait même valoir devant les juridictions administratives. Ce qu’il oublie bien opportunément, alors rappelons-le.

Lors du recours contre le PLU 2017 puis contre le permis de construire qu’il a signé le 30 avril 2019 à Pin-Rolland, l’APE a mis noir sur blanc :

  • Les risques de submersion et d’inondation
    • Les remblaiements et imperméabilisation aggravent le risque de submersion marine, en contradiction avec le SDAGE.
    • La zone est déjà inondable ; densifier accroît l’exposition des habitations et infrastructures.
    • Le fossé d’évacuation pluviale est sous-dimensionné, avec des débordements possibles sur la D18 et des risques pour la sécurité des usagers.
    • Les accès du lotissement sont précisément situés dans la zone la plus exposée.
  • Les risques pour la qualité des eaux
    • Rejets pluviaux à proximité immédiate de la baie du Lazaret, avec mytiliculture à moins de 1 km, et dans les eaux de baignade de la plage Sainte-Asile.
    • Pollutions bactériologiques déjà récurrentes, risquant d’être aggravées par le projet, avec impacts sur la santé publique et l’économie conchylicole.
  • Les atteintes à la biodiversité et aux milieux
    • Présence ou proximité d’espèces et de milieux protégés (Vitex agnus-castus, herbiers de Posidonia oceanica, etc.) ignorées ou minimisées.
    • Destruction d’habitats, de continuités écologiques et de zones naturelles sensibles (ZNIEFF marine, herbiers).
    • Absence d’inventaires sérieux, de mesures d’évitement, de réduction ou de compensation.

Voir ici la requête introductive du recours. Ces arguments ne relèvent ni de l’idéologie ni de la posture, mais d’une lecture attentive des textes (Code de l’environnement, loi sur l’eau, documents de bassin) et des diagnostics existants.

Ce que documente l’APE depuis des années sur la montée des eaux

Pour ceux qui douteraient encore de l’engagement de l’APE sur ces sujets, il suffit de se reporter aux publications déjà en ligne :

Autant de documents publics accessibles, sourcés, qui contredisent point par point l’idée que l’APE « ne croirait pas » à la montée du niveau de la mer ou qu’elle découvrirait le sujet à l’occasion d’un épisode de submersion photographié. Affirmation coquasse de M. Vincent qui prétend qu’il n’y a pas de marée en Méditerranée et trouvera donc toute les explications scientifiques et techniques sur le sujet...

Ultracrépidarianisme et diversion

Lorsqu’un responsable politique :

  • minimise la montée des eaux en conseil métropolitain ;
  • refuse d’inscrire sa commune dans les dispositifs nationaux d’adaptation du littoral ;
  • délivre des permis dans des zones submersibles clairement identifiées ;
  • puis accuse ceux qui documentent ces risques de mensonge ou d’exagération,

on n’est plus dans le débat contradictoire, mais bien dans l’ultracrépidarianisme et la diversion.

Plutôt que d’attaquer les associations et les scientifiques, il serait plus utile de :

  • reconnaître la réalité des risques climatiques sur notre littoral ;
  • corriger les erreurs de planification passées ;
  • élaborer, avec les habitants et les experts, une véritable stratégie d’adaptation de Saint-Mandrier à la montée des eaux, à l’érosion et aux submersions.
Conclusion

Lorsque M. Vincent parle d’une « association de protection de l’environnement connue dans le monde entier mais seulement à Saint-Mandrier », il est permis de s’interroger.

Parle-t-il réellement de l’APE, ou tente-t-il surtout de détourner l’attention de ses propres déclarations passées et de son absence d’anticipation face à un risque désormais visible de tous ?

À l’APE, nous continuerons à faire ce que nous faisons depuis plus de 40 ans : alerter, documenter, agir, sans céder aux intimidations ni aux infox.

Si vous partagez nos valeurs et notre volonté de protéger durablement la presqu’île,

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