Il suffit parfois d’un simple regard pour comprendre que la nature est une artiste hors pair. Le criquet égyptien (Anacridium aegyptium), ce grand orthoptère méditerranéen, en offre une preuve éclatante : au fil de sa croissance, il change littéralement de tenue, passant d’un accoutrement digne d’un carnaval à une discrète livrée de commando.

Le juvénile : la star du carnaval

Chez le jeune criquet, au stade de larve dépourvue d’aile, impossible de passer inaperçu. Sa livrée est d’un vert « fluorescent » éclatant, presque irréel, qui semble absorber la lumière du soleil pour mieux la restituer. Parsemé de points blancs auréolés de vert, son corps arbore en outre une bande jaune bien marquée sur la crête le long de l’axe du dos, lui donnant un air de dandy des buissons. Ajoutez à cela des yeux rayés de bandes bleues,

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Criquet égyptien juvénile sur une feuille d’agrume, presque invisible dans la végétation. À ce stade, il n'a pas d'ailes : il marche, saute et… mange.

Cette apparence exubérante n’est pas un simple caprice de la nature. Elle lui permet de se fondre dans la végétation tendre et lumineuse dont il se nourrit.

Le jeune adulte : l’art du camouflage

Quelques mues plus tard, le juvénile devient adulte ailé, et sa garde-robe change du tout au tout. Fini le vert criard et les bandes jaunes : place à une livrée plus terne, dominée par des teintes de brun, de beige et de vert olive. Des traits et des zébrures noires parcourent désormais son corps, dessinant un motif qui n’est pas sans rappeler les tenues de camouflage.

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 Criquet égyptien jeune adulte sur le tronc d’un arbousier. Plus grand criquet de France métropolitaine (les femelles atteignent 65 à 70 mm, les mâles un peu moins), ses ailes sont maintenant développées : il peut voler, ce que le juvénile ne pouvait pas faire.

Ses yeux, eux aussi, se transforment : ils sont toujours rayés, mais les bandes bleues ont cédé la place à des rayures noires et vertes, plus discrètes, parfaitement adaptées à son nouvel environnement. On le reconnaît aisément à la carène médiane bien marquée du pronotum et à son vol puissant, accompagné d’un claquement caractéristique.

Pourquoi un tel changement ?

Ce phénomène, appelé polymorphisme chromatique, est une formidable adaptation. Le jeune criquet, encore vulnérable, mise sur l’avertissement et la confusion. L’adulte, plus mobile et capable de se déplacer sur de vastes territoires, privilégie la discrétion pour échapper aux prédateurs. En effet, comme les autres orthoptère, criquets, sauterelles et grillons, il constitue également une composante des réseaux alimentaires : il se nourrit principalement de végétaux et peut à son tour être consommé par différents prédateurs, notamment des oiseaux, des reptiles ou de petits mammifères.

Un voisin familier

Contrairement à son cousin le criquet pèlerin, dont les essaims dévastateurs font la une des journaux, le criquet égyptien est un solitaire. On le rencontre fréquemment dans le sud de l’Europe, autour du bassin méditerranéen, dans les jardins, les garrigues et les friches ensoleillées. Inoffensif pour les cultures, il se nourrit principalement de feuillages divers et se laisse facilement observer, surtout en fin d’été et en automne.

Alors, la prochaine fois que vous croiserez un criquet égyptien, prenez le temps de l’observer. Derrière ses couleurs se cache une histoire de survie, d’adaptation et d’ingéniosité, une leçon de camouflage que certains pourraient envier…