Après le réveillon de Noël, quoi de mieux qu’une petite promenade digestive au grand air pour profiter de la douceur hivernale ? La nature, même en hiver, offre un spectacle vivant et coloré : nos oiseaux résidents ou hivernants sont bien actifs et cherchent leur repas avec gourmandise.
Si nous avons fait bombance la veille, eux aussi profitent des ressources de saison, même si le choix est plus limité. Heureusement, le kaki (ou plaqueminier), qui a perdu toutes ses feuilles, garde encore ses beaux fruits orange-rouge bien accrochés aux branches. Mûris par les premiers frimas, ils deviennent irrésistibles pour plusieurs espèces.
La fauvette à tête noire Cette petite fauvette élégante, avec sa calotte noire chez le mâle (grise chez la femelle), est une habituée de nos jardins en hiver. Très vive et curieuse, elle se perche souvent au sommet des arbustes pour surveiller les environs avant de fondre sur les fruits du kaki dont elle raffole.
Le rouge-gorge familier Ce petit boule de plumes au plastron orange vif est le plus audacieux de tous. Territorial et chantant même en hiver, il défend farouchement son coin de kaki et n’hésite pas à chasser les intrus pour picorer les fruits mûrs qui lui apportent l’énergie nécessaire pour affronter le froid.
La sitelle torchepot Avec son bec fin et pointu, cette acrobate des troncs chasse inlassablement les insectes cachés sous l’écorce des chênes verts. Elle grimpe tête en bas comme personne, inspectant chaque fissure, et son cri métallique « tuit-tuit » résonne dans les bois toute l’année.
Le roitelet à triple bandeau Minuscule boule de plumes (le plus petit oiseau d’Europe avec le roitelet huppé !), ce roitelet hyperactif fouille frénétiquement les branches des cades (genévriers) à la recherche d’insectes et d’araignées. Ses trois bandes claires sur la tête et son énergie débordante en font un spectacle à lui tout seul.
Prenez vos jumelles, un bonnet, et venez observer ces merveilles lors d’une simple balade sur nos sentiers côtiers ou dans les pinèdes. La nature de la presqu’île nous offre, même en hiver, des moments de beauté et de sérénité qui nous rappellent combien nos paysages ordinaires sont essentiels à la survie de la faune locale et combien il est important de les préserver.
Belles observations à toutes et tous !
Vos plus belles prises de vue hivernales sont les bienvenues – envoyez-les nous ! (contactape83430.fr)
Il arrive que la nature rappelle, parfois cruellement, que chaque repas est aussi un risque. Sur cette photo, un héron cendré a tenté d’avaler un poisson (une belle saupe) trop gros pour lui… et en est mort, étouffé, la proie encore coincée dans son bec. Ce héron est certainement l’un des individus observés depuis quelques temps sur les structures des parcs aquacoles de la petite rade.
Ce triste spectacle pris en photo ce 19 décembre illustre parfaitement ce vieux proverbe : il ne faut pas avoir les yeux, ni le ventre, plus gros que le bec. Chez les hérons comme chez nous, la gourmandise peut être un vilain défaut, surtout lorsque la compétition pour la nourriture s’intensifie dans des milieux fragilisés.
Le Héron cendré : Un chasseur élégant des zones humides
Le Héron cendré est un élégant échassier de la famille des Ardeidés, présent en Eurasie et en Afrique. En France, c'est une espèce commune et protégée depuis 1975, avec une population en croissance modérée.
Apparence et caractéristiques physiques Mesurant environ 90 cm, cet oiseau se distingue par son bec jaunâtre en forme de poignard, idéal pour la pêche. Sa tête est blanche avec des bandes noires formant une huppe, son dos gris pâle et ses parties inférieures blanchâtres. En vol, il replie son cou en "S" et déploie des ailes larges aux rémiges sombres. Les couleurs s'intensifient en période nuptiale.
Habitat et comportement Il affectionne les milieux humides peu profonds (moins de 40 cm) : marais, étangs, rivières, lagunes ou rivages marins. Chasseur patient, il s'immobilise pour harponner poissons, amphibiens, crustacés ou rongeurs. Opportuniste, il chasse seul dans des eaux douces, saumâtres ou même dans les champs. En Bretagne, il fréquente les côtes marines comme ici au niveau de la petite rade.
Reproduction Sociable en nidification, il forme des colonies (héronnières) dans les arbres près des zones humides, souvent avec d'autres espèces comme les cormorans. Les nids, faits de branches, sont réutilisés annuellement. Fidèle et monogame, le mâle parade pour attirer une femelle. La ponte (3-5 œufs) a lieu de février à avril ; les parents régurgitent la nourriture aux jeunes, indépendants à 3 mois.
Migration et répartition Migrateur partiel, il fuit les hivers rigoureux du Nord vers le Sud (jusqu'en Afrique tropicale), mais reste sédentaire ou erratique en France. La migration post-nuptiale se déroule d'août à novembre. Mondialement, la population (500 000-2 500 000 individus) est stable (préoccupation mineure UICN). En France, elle compte 31 000 couples nicheurs (stable, préoccupation mineure). En Île-de-France, 450 couples (stable).
Autrefois chassé comme nuisible, le Héron cendré bénéficie aujourd'hui d'une protection qui a permis son essor ce qui montre l’efficacité de la protection des espèces. Il symbolise la résilience des espèces humides, mais reste sensible aux perturbations des habitats.
Une promenade naturaliste organisée à la Coudoulière et à l’Hermitage a mis en lumière quatre espèces d’oiseaux dont la présence témoigne directement de l’état de nos milieux naturels face à l’artificialisation et à la pression humaine.
Le Pouillot véloce, petit migrateur discret, dépend des friches, des haies et des boisements littoraux. Or ces milieux sont parmi les premiers sacrifiés par l’urbanisation, l’élargissement des voiries et l’aménagement excessif des espaces naturels. Sa présence rappelle l’importance de conserver des zones « ordinaires », mais vitales pour la biodiversité.
La Bergeronnette des ruisseaux, strictement liée aux cours d’eau et aux zones humides, est un indicateur précieux de la qualité écologique des milieux aquatiques. Pollutions diffuses, ruissellements urbains, artificialisation des berges et imperméabilisation des sols menacent directement son habitat et, plus largement, l’équilibre de tout le vivant associé à l’eau.
Le Chardonneret élégant, reconnaissable à ses couleurs éclatantes, est aujourd’hui classé vulnérable en France. L’usage des pesticides, la disparition des plantes sauvages et la standardisation des paysages agricoles et urbains entraînent un effondrement de ses populations. Sa situation illustre les conséquences concrètes de choix d’aménagement et de gestion peu respectueux de la biodiversité.
Enfin, la Pie bavarde, souvent mal aimée, est pourtant un oiseau intelligent et utile, jouant un rôle de régulation des insectes et de nettoyage naturel des milieux. Son déclin en zone rurale et sa concentration en milieu urbain sont les symptômes d’un déséquilibre écologique profond causé par l’artificialisation et la dégradation des habitats naturels.
Si ces espèces peuvent encore être observées aujourd’hui sur ce site, c’est parce qu’il a été sauvé de l’urbanisation grâce à l’action de l’APE, qui a déposé des recours devant les tribunaux administratifs contre les permis de construire accordés par la municipalité. Ces actions juridiques ont permis de préserver cet espace naturel du béton et de maintenir un refuge indispensable pour la biodiversité locale.
Ces observations rappellent une évidence : la biodiversité locale ne se protège pas par des discours, mais par des choix concrets d’aménagement, de gestion des espaces naturels et de lutte contre les pollutions. Défendre les zones naturelles du littoral, préserver les continuités écologiques et limiter l’artificialisation sont des combats essentiels pour préserver le vivant, aujourd’hui et demain.
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Une étude récente menée en France portant sur 57 espèces d'oiseaux et près de 2000 sites sur la période 2013-2022 montre que l’utilisation massive d’imidaclopride, principal pesticide néonicotinoïde, a fortement contribué au déclin des populations d’oiseaux insectivores. Plus inquiétant encore : l'interdiction de cette substance ne suffit pas à garantir un rétablissement rapide des populations.
Les colocataires de nos jardins : roitelet à trois bandes, mésange huppée, rouge-gorge et grimpereau sont affectés par l’emploi de d’imidaclopride et des néonicotinoïdes en général dont l’utilisation devrait faire l’objet d’un moratoire.
Avant son interdiction en 2018, les sites exposés à ce pesticide présentaient jusqu’à 12,7 % d’oiseaux en moins par rapport aux lieux non exposés. Après l’arrêt du pesticide, l’écart est légèrement réduit à 9 %, ce qui témoigne d’une récupération très lente et partielle des populations.
La persistance des résidus d’imidaclopride dans les sols et les eaux, ainsi que des dérogations occasionnelles à son utilisation, freinent une véritable reprise de la biodiversité.
L'étude révèle que l'utilisation de l'imidaclopride est fortement liée à la baisse d'abondance des oiseaux insectivores. Ces oiseaux souffrent doublement :
- Par la toxicité directe ou sub-létale du pesticide, en particulier chez les oisillons.
- Par la raréfaction de leur nourriture (les insectes), très sensibles à ces produits.
Les oiseaux granivores et généralistes, eux, ne semblent pas affectés de la même manière par ce pesticide mais l’étude confirme que les insectivores restent les premières victimes par effet domino : appauvrissement de la biodiversité et des populations d’insectes, baisse de la ressource alimentaire puis chute des effectifs des oiseaux.
La recherche souligne donc que l’interdiction des néonicotinoïdes, bien qu’indispensable, n’est pas suffisante à elle seule pour restaurer rapidement la biodiversité. La persistance de ces substances dans les sols et les eaux continue d'affecter les écosystèmes. Des actions complémentaires et un suivi renforcé des populations d’oiseaux dans les territoires contaminés, sont nécessaires afin de soutenir à la fois les populations d’insectes et d’oiseaux, également menacées par les pratiques agricoles intensives.
La migration d’automne des Grues cendrées est en cours !
Comme chaque année, ce grand déplacement est largement conditionné par la météo : lorsque l’hiver s’installe sur le nord de l’Europe, la neige, le gel des sols et des eaux rendent l’accès à la nourriture difficile, poussant les Grues à rejoindre des zones plus hospitalières, au sud-ouest de l’Europe.
Elles empruntent deux grandes routes migratoires, dont celle qui concerne la France : la voie occidentale.
À noter : en Camargue, une partie de la population emprunte d’abord une voie centre-européenne, passe par l’Autriche, l’Italie et l’arc alpin… puis revient vers l’ouest.
Si la nourriture reste suffisante en Allemagne, une part importante peut même y hiverner.
Sur la voie occidentale, l’Espagne est le principal pays d’hivernage (près de la moitié des effectifs), mais la France joue un rôle majeur avec des sites d’importance nationale : Lorraine, Champagne, Centre, Aquitaine, Camargue.
La presqu’île de Saint-Mandrier se situe sur la marge Ouest du couloir principal, mais il n’est pas rare d’observer des groupes temporairement orientés vers l’Est pour retrouver une colonie dont elles se seraient séparées, ou utilisant les ascendants pour reprendre de l’altitude – ce qui peut les faire momentanément repartir vers le Nord.
Suivre leur migration
Vous pouvez suivre leur migration en quasi-temps réel sur le site : La migration des Grues cendrées au jour le jour dont est issu cette carte des comptages réalisé les 6 et 7 novembre 2025
Le flux général sur la France reste NE / SO comme bien visible sur le site de la LPO Champagne-Ardenne.
Un signal d’alerte sanitaire majeur cette année
Malheureusement, la Ligue de protection des oiseaux (LPO) signale cette semaine une mortalité massive de Grues cendrées infectées par la grippe aviaire sur toute la voie ouest-européenne.
En France, les premières ont été observées le week-end des 18/19 octobre dans le nord-est, lors d’une vague migratoire qui a concerné près de 80 000 Grues.
Tous les sites français de stationnement sont désormais touchés, sauf peut-être la Camargue. En Champagne humide, des comptages réalisés sur les dortoirs ont permis de recenser au moins 8 700 cadavres au 31 octobre (sans compter celles mortes sur les sites d’alimentation…).
La période d’incubation semble très courte et la mortalité rapide.
Pour en savoir plus : Pourquoi les Grues cendrées sont-elles particulièrement touchées par la grippe aviaire depuis la mi-octobre 2025 ?


