Une plante que l'on croise sans toujours la reconnaître
Avec ses petites fleurs bicolores aux teintes allant du rose vif au pourpre profond, le gesse d'Espagne est l'une de ces plantes sauvages qui méritent que l'on s'arrête. Présente sur la presqu'île de Saint-Mandrier comme dans l'ensemble du pourtour méditerranéen occidental, Lathyrus clymenium appartient à la grande famille des Fabacées, celle des pois, des fèves et des vesces, et partage avec elles ce caractère grimpant et cette fleur en forme de papillon caractéristique, que les botanistes appellent fleur papilionacée.
Elle fleurit en ce moment même sur nos collines, dans les friches, les garrigues ouvertes et les lisières de pinèdes. Nos photos en témoignent.
Portrait botanique
Lathyrus clymenium est une plante herbacée annuelle, c'est-à-dire qu'elle complète son cycle de vie en une seule saison. Elle lève au printemps, fleurit entre mars et mai selon l'altitude et l'exposition, fructifie sous forme de gousses allongées et disparaît avec les chaleurs estivales.
Sa tige, anguleuse et ailée, peut atteindre 30 à 80 centimètres de long. Les feuilles sont composées de folioles par paires, terminées par une vrille simple qui lui permet de s'accrocher aux végétaux voisins pour s'élever vers la lumière.
Ce qui la distingue au premier coup d'œil, c'est la couleur de ses fleurs : les pétales supérieurs, l'étendard, sont d'un rouge vineux à pourpre intense, tandis que les pétales inférieurs, la carène, tirent vers le rose pâle ou le blanc rosé. Ce contraste chromatique est sa signature. Les fleurs sont regroupées en grappes lâches de deux à six fleurs, portées par un pédoncule grêle.
Ses gousses, une fois mûres, sont aplaties, souvent légèrement velues sur les bords, et contiennent plusieurs graines arrondies.
Distribution et écologie
Le gesse d'Espagne est une espèce typiquement méditerranéenne occidentale. On la trouve principalement sur le pourtour du bassin méditerranéen : péninsule ibérique, sud de la France, Italie, Maghreb, Grèce et îles de Méditerranée. Elle est particulièrement bien représentée en Provence et sur le littoral varois, où les conditions lui conviennent parfaitement : sols calcaires ou sablonneux bien drainés, ensoleillement généreux, végétation ouverte.
Sur la presqu'île de Saint-Mandrier, elle colonise volontiers les friches herbacées, les talus, les abords de chemins et les zones de garrigue basse. Elle affectionne les sols peu fertiles et perturbés, là où la végétation n'est pas trop dense et où elle peut trouver des supports pour grimper.
Un rôle écologique méconnu
Comme toutes les Fabacées, le gesse d'Espagne entretient une relation symbiotique avec des bactéries du sol du genre Rhizobium, logées dans de petits nodules fixés sur ses racines. Ces bactéries ont la propriété de fixer l'azote atmosphérique et de l'incorporer au sol sous forme assimilable par les plantes. Le gesse contribue ainsi discrètement à la fertilisation naturelle des milieux où il pousse, un service écosystémique précieux dans nos sols méditerranéens souvent pauvres.
Ses fleurs sont par ailleurs visitées par les abeilles sauvages et les bourdons, qui y trouvent nectar et pollen en cette période printanière où les ressources florales commencent tout juste à s'étoffer.
Une plante sauvage à observer, pas à cueillir
Lathyrus clymenium ne figure pas sur les listes d'espèces protégées en France, mais comme toutes les plantes sauvages, elle participe à l'équilibre des milieux naturels qui font la richesse et la singularité de notre presqu'île. L'APE vous invite à l'observer, à la photographier et à la laisser accomplir son cycle naturel.
Si la gesse d’Espagne est encore présente sur notre territoire, elle reste dépendante d’équilibres fragiles. L’artificialisation des sols, le débroussaillage intensif ou encore l’urbanisation des paysages contribuent à faire disparaître ces espèces spontanées.
Si vous souhaitez identifier les plantes sauvages de la presqu'île, plusieurs flores régionales font référence, notamment la Flore de Provence de Molinier et Martin ou les guides de la collection Bonnier. L'application PlantNet, développée par l'INRAE et ses partenaires, constitue également un outil pratique pour une première identification sur le terrain.
Vous avez photographié des plantes sauvages remarquables sur la presqu'île ? Envoyez-nous vos images : elles pourraient illustrer un prochain article.
