Aujourd'hui, une eau calme à 24°C est propice à des plongées en apnée jusqu'à une dizaine de mètres de profondeur.
Une belle journée pour aller à la rencontre du petit peuple qui habite nos fonds rocheux. En descendant le long des petits tombants, c'est toute une mosaïque d'espèces qui s'offre à l'objectif, un concentré de la biodiversité méditerranéenne, à quelques mètres seulement de la surface.
Une boule de corail au pied du tombant
Au bas du tombant, une belle colonie de corail en boule (Cladocora cespitosa) trône bien en place sur la roche. Nous la suivons depuis des années et nous vous l’avions déjà présentée en 2024. Les polypes, aujourd'hui rétractés, laissent deviner le fin réseau des squelettes des polypes qui structurent la colonie. Cette espèce, bâtisseuse de véritables patchs récifaux en Méditerranée, est un excellent indicateur de la bonne santé du milieu. Sa croissance est extrêmement lente, ce qui en fait une espèce particulièrement sensible aux perturbations et au réchauffement de l'eau.
Cette observation prend d'autant plus de sens que Cladocora caespitosa bénéficie désormais d'un statut de protection officiel : elle figure sur la liste des invertébrés marins protégés sur l'ensemble du territoire national depuis l'arrêté du 8 juillet 2025. Elle est par ailleurs inscrite depuis 2015 sur la Liste Rouge de l'UICN sous le statut « En Danger » (EN), et bénéficie d'une protection au titre du Protocole relatif aux zones et à la vie sauvage spécialement protégées de la Convention de Barcelone. Endémique de Méditerranée et capable de vivre plusieurs siècles, cette espèce est aujourd'hui en déclin rapide sous l'effet cumulé du réchauffement des eaux et des pressions humaines, ce qui rend chaque colonie observée en bon état d'autant plus précieuse, et invite à la plus grande vigilance lors de nos sorties (pas de contact, pas de mouillage sur les colonies, signalement des observations aux réseaux naturalistes).
Un feu d'artifice de plumets
Non loin de là, plusieurs vers tubicoles (Pomatoceros triqueter*) déploient leur panache branchial bien ouvert, comme autant de petits feux d'artifice figés sur la roche. Ce polychète tubicole, très commun sur nos côtes, filtre l'eau à la recherche de particules nutritives grâce à ses branchies en couronne, un festival de couleurs et de formes pour qui prend le temps de s'approcher doucement. En effet, au moindre mouvement brusque, ils disparaissent instantanément dans leur tube calcaire avant de réapparaître quelques instants plus tard.
Un nudibranche haut en couleur, et sa ponte
Toujours à l'affût sur les gorgones et autres cnidaires dont il se nourrit, un nudibranche (Cratena peregrina) a été photographié tout près de sa ponte. Avec ses cérates orangées à pointe bleutée, cet aeolidien compte parmi les plus photogéniques de nos eaux. La ponte, en ruban spiralé caractéristique, témoigne d'une activité reproductrice bien installée en cette saison.
Une rencontre curieuse
Un serran chevrette (Serranus cabrilla) n'a pas hésité à venir observer l'apnéiste d'un peu trop près, la curiosité est manifestement partagée entre le photographe et son sujet !
Du bleu électrique et un beau labre timide
Un petit groupe de castagnoles juvéniles (Chromis chromis), d'un bleu électrique éclatant caractéristique des jeunes individus, virevoltait à proximité immédiate des roches. Un peu plus loin, un labre merle (Labrus merula) arborant un bel ourlet coloré sur sa nageoire caudale tentait, non sans discrétion, de se dissimuler dans les algues environnantes.
Un banc de mulets à la sortie de plage
Pour clore la sortie, un petit banc de mulets évoluait tranquillement dans à peine 50 cm d'eau, en zone d’entrée-sortie de plage, un rappel que la vie marine commence dès les tout premiers centimètres d'eau, souvent sous nos yeux sans que l'on y prête attention. La tache jaune d'or bien visible sur l'opercule, nettement visible sur les clichés, permet d'identifier ces individus comme des mulets dorés (Chelon auratus), l'une des espèces de mugilidés les plus communes sur notre littoral, souvent observée en petits bancs dans les eaux peu profondes proches du rivage.
Une sortie qui confirme, une fois de plus, la richesse et la diversité des habitats côtiers de la presqu’ile, un patrimoine naturel qu'il nous appartient collectivement de préserver.