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Don't look up bleuHier soir, deux beaux cas d’école.

Visualisation du changement de type de fuel

Ainsi, au départ de Toulon, quittant la rade, le Mega Andrea de la compagnie Corsica Ferries rejette un pinceau de fumée, due à la combustion d’un fioul théoriquement à moins de 0,1% en soufre. S’éloignant de la cote et très certainement sous l’effet d’un changement de régime et d’un combustible marin plus riche en soufre, mais à moins de 0,5% réglementation oblige, son panache se noircit et marque l’horizon avant de se disperser dans l’atmosphère.

Les polluants rejetés dans l’atmosphère finiront par retomber à la surface de la mer contaminant ainsi les différentes composantes du milieu marin : eaux, sédiments et organismes vivants.

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Le Mega Andrea en sortie de la rade et au large de la presqu’ile en route pour Bastia (25 mai 2022, 19h35 et 20h15).

Ce ferry de 36 ans a été construit par les chantiers Wärtsilä d'Helsinki pour être mis en service en janvier 1986 par la compagnie finlandaise Effoaest. Le ferry est acquis par le groupe franco-italien Corsica Ferries en mai 2015. D’une longueur de 168,45 m, il déplace 17 841 t à 22 nœuds grâce à 4 moteurs Wärtsilä-SEMT Pielstick 12PC2-6V d’une puissance de 26 200 kW.

Observation des rejets atmosphériques mais rejets liquides invisibles.

Un peu plus tard, vers 21h00, au large de la presqu’ile le Mega Smeralda qui vient de quitter le port de Toulon va croiser la route du ferry Vizzavona de la compagnie française Corsica Linea. Ce ferry est équipé de dispositifs d'épuration des fumées de combustion (scrubbers) qui ont été installés en mars 2017, afin d’adapter ce ferry aux nouvelles normes écologiques en vigueur en mer Baltique. Cependant, si ces fumées rejetées dans l’atmosphère sont moins polluantes, cet équipement autorise la compagnie à continuer à utiliser du fuel lourd moins coûteux mais contenant jusqu’à 3,5% de soufre ! Les eaux de lavage sont donc proportionnellement plus contaminées en polluants.

La différence visuelle entre les deux ferries aux caractéristiques comparables est immédiate : panache bien visible pour le Mega Smeralda alors qu’aucun panache de fumée n’apparait en sortie des deux cheminées du Vizzanova. Cependant, ce dernier rejette tous les polluants contenus dans les eaux de lavage des fumées de combustion au pH très acide directement en mer contaminant les différentes composantes du milieu marin : eaux, sédiments et organismes vivants.

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Le Vizzavona venant de Marseille en route pour Bastia, équipé de scrubbers, et pouvant utiliser du fuel lourd à 3,5% en soufre ne montre aucune fumée en croisant le Mega Smeralda toute fumée dehors bien visible due à la combustion d’un fuel à moins de 0,5% de soufre. Pour autant le Vizzavona rejette ses polluants issus de la combustion directement en mer par le circuit ouvert de ses scrubbers (25 mai 2022 – 21h08).

Le ferry Vizzavona de 23 ans a été construit par les chantiers espagnols Astilleros Españoles pour la compagnie finlandaise Finnlines à qui le met en service en novembre 1999 entre la Finlande et la Suède. En 2017 il est équipé de scrubber. À compter de juin 2018, le navire est affrété par Corsica Linea. D’une longueur de 188 m, il déplace 9 452 t 22 nœuds à l’aide de 4 moteurs Sulzer 8ZAL40S d’une puissance de 23 050 kW.

Deux ferries qui conduisent donc tous deux à la pollution des eaux méditerranéennes, soit indirectement via l’atmosphère pour le Mega Andrea, soit directement dans les eaux de surface pour le Vizzavona.

La mer Méditerranée est la mer la plus polluée du monde suite au doublement de la largeur du canal de Suez en 2015 permettant de doubler le trafic journalier des navires. Ainsi, 25% du trafic maritime mondial et 30% du trafic pétrolier transite en Méditerranée alors qu’elle ne représente que 1% de la surface des mers du globe. Ce sont 500 millions de personnes qui vivent dans la zone littorale du bassin méditerranéen dont la santé est menacée par les émissions des gaz d’échappement des navires de commerce.

Aussi des mesures de protection de l’air doivent être prises afin de protéger la santé des populations riveraines ainsi que celle de la Méditerranée. Cette protection passe par la  création d’une zone ECA (Emission Control Area), comme c’est le cas depuis 2011 en Amérique du Nord et Caraïbes des États-Unis et, depuis 2015, avec les 2 zones SECA européennes en vigueur en mer Baltique et mer du Nord incluant la Manche.

Dans une zone ECA, des normes plus sévères d’émissions sont imposées aux navires, français ou étrangers, qui y circulent :

  • teneur en soufre des carburants marins : 0,1 %, alors que la norme mondiale est de 0,5 % depuis 2020 ;
  • motorisation des navires : passage à la norme Tier III qui permet de réduire de façon sensible les émissions d’oxydes d’azote, réduction de 80 % des émissions par rapport au niveau de référence fixé en 2000.

En décembre 2019, l'ensemble des États Méditerranéens réunis sous l'égide de la Convention de Barcelone a acté le principe d'une zone SECA couvrant toute la Méditerranée. La 22ème Conférence des Parties à la Convention de Barcelone (COP 22) a adopté la décision de désigner la mer Méditerranée comme SECA (SOx et PM) avec une entrée en vigueur au 1er janvier 2025, soit 10 ans après celle de la mer Baltique.

L’APE est engagée à côté des autres associations dans la lutte contre la pollution de l’air et des mers occasionnée par les navires et le respect des engagements de la COP22.

L’APE a donc besoin, ici encore et plus que jamais, de votre soutien pour préserver notre qualité de vie et notre environnement.

Pour en savoir plus :