Une "pétition pour le nettoyage et réensablement de la plage saint asile" circule actuellement dans les quartiers du Pin Rolland et du Marégau . Elle vient également d'être mise en ligne. Avant de la signer, nous invitons chacun à examiner les faits.
Première question : qui a rédigé cette pétition et à qui est-elle adressée ?
La pétition est anonyme. Elle est présentée au nom des « habitants du Pin Rolland Marégau » sans qu'aucun nom, aucune adresse ni aucun responsable identifiable n'y figurent.
Par ailleurs, elle ne précise pas son destinataire. Elle n'est adressée ni à la Métropole Toulon Provence Méditerranée, pourtant gestionnaire de la plage et seule collectivité compétente pour décider et financer un rechargement en sable, ni à la commune de Saint-Mandrier-sur-Mer, ni à la Préfecture.
Cette absence de destinataire clairement identifié interroge sur la portée réelle de cette démarche.
En revanche, la pétition désigne explicitement l'APE comme responsable de la situation. Cette affirmation appelle une mise au point.
L'APE n'est pas gestionnaire de la plage et n'est en aucune façon responsable de son entretien ou de son état. Elle n'a jamais réalisé de rechargement en sable, ni participé à la gestion des équipements de baignade. Depuis 1983, son rôle consiste à défendre le patrimoine naturel de la presqu'île et à alerter sur les conséquences environnementales des projets affectant le littoral.
Si les signataires souhaitent demander l'entretien de la plage ou la réalisation de travaux, leur interlocuteur naturel demeure la Métropole TPM, concessionnaire et donc gestionnaire du site.
Deuxième question : pourquoi la plage est-elle dans cet état ?
Avant de parler de réensablement, il convient de s'interroger sur les véritables problèmes que rencontre cette plage.
Depuis plusieurs années, Sainte-Asile enregistre les niveaux de contamination bactériologique parmi les plus élevés des plages de la commune. Les fermetures répétées à la baignade sont liées à des pollutions microbiologiques dépassant régulièrement les seuils sanitaires.
En 2023, des concentrations de coliformes fécaux atteignant 13 864 germes pour 100 ml ont été relevées, alors que le seuil correspondant à une eau de baignade de mauvaise qualité est fixé à 370 germes pour 100 ml. En septembre 2025, des concentrations de l'ordre de 1 300 germes pour 100 ml étaient encore observées.
Ces pollutions ne sont liées ni à la présence de posidonie, ni à l'absence de sable. Elles sont associées aux réseaux pluviaux qui débouchent directement sur la plage sans prolongement sous-marin suffisant ni traitement adapté comme l'APE l'a documenté et photographié.
C'est notamment en raison de ces difficultés récurrentes que la plage a perdu son label Pavillon Bleu à partir de 2023.
Or nous apprenons aujourd'hui que la commune aurait décidé de ne plus solliciter ce label pour l'ensemble de ses plages. : « Le pavillon bleu n'est pas la bonne solution » (Var-Matin, 22 mai 2026).
Une position pour le moins surprenante puisqu'on nous expliquait encore récemment tout l'intérêt de cette labellisation, et contraire à ce que considèrent les autorités compétentes, pour qui « ce label valorise les communes et les ports de plaisance qui mènent une politique de développement touristique durable ».
Souce : VFODD_Guide Pavillon Bleu – Critères.
Lorsqu'une plage ne satisfait plus aux critères sanitaires et environnementaux permettant l'obtention d'un label environnemental reconnu, la solution consiste normalement à traiter les causes des pollutions plutôt qu'à renoncer à la labellisation.
Décider de ne plus demander le Pavillon Bleu plutôt que d'engager les travaux nécessaires sur les réseaux pluviaux pour supprimer les rejets de polluants, et de mettre en place un suivi de l'herbier de posidonie pour répondre aux critères de labellisation : serait-ce la façon la plus simple de ne plus avoir à rendre de comptes sur l'état réel des plages de Saint-Mandrier ?
Notre article « Plages de charme de Saint-Mandrier : sous le sable, les gravats » documente par ailleurs la présence de remblais, blocs de béton, morceaux d'enrobé et autres matériaux anthropiques dans le sous-sol de plusieurs plages artificielles de la commune. Voilà ce que le sable de carrière est censé masquer chaque printemps.
Ce que dit la pétition... et ce que disent les faits
Point 1, la pétition affirme :
« La plage est préparée en utilisant du sable de mer mélangé avec des posidonies de la plage. »
Cette affirmation est inexacte.
Depuis plusieurs années, les opérations de rechargement sont réalisées avec du sable issu de carrières terrestres et non avec du sable marin. Ce matériau est ensuite mélangé aux feuilles provenant des banquettes de posidonie après leur destruction mécanique. Ce procédé est communément appelé « millefeuille ». Il est réalisé sur la partie de la plage devant la pinède.
Point 2, la pétition affirme :
« Ce procédé est utilisé sur la plage des Sablettes et autorisé par arrêté préfectoral. »
Cette comparaison est inexacte sur les deux aspects.
L'arrêté préfectoral n° DDTM/SML/BEM/2026-15 du 7 mai 2026 applicable aux plages des Sablettes et de Mar Vivo prévoit exclusivement la mobilisation de sédiments d'origine endémique. Aucun apport extérieur de sable de carrière n'est donc autorisé (article 4).
Par ailleurs, cet arrêté autorise uniquement l'utilisation de posidonies mortes et sèches déjà présentes sur la plage et interdit explicitement la destruction des banquettes de posidonie (article 8).
La situation réglementaire et écologique de Sainte-Asile est donc très différente.

Donia Expert : carte détaillée des habitats marins. (Source Plateforme Medtrix). L’herbier de Posidonie est représenté en vert, la biocénose des algues en violet et le sable en jaune pale. La limite supérieure de l’herbier se situe bien au large de la plage des Sablettes tandis qu’elle apparaît à très faibles profondeurs à proximité immédiate de la plage de Sainte-Asile.
Il faut également rappeler que l'herbier de posidonie de Sainte-Asile se développe à quelques mètres seulement du rivage, contrairement aux secteurs concernés des plages des Sablettes et Mar Vivo.
Sur l'autorisation préfectorale : le tribunal administratif de Toulon a donné raison à l'APE et à FNE PACA, estimant qu'une étude d'impact préalable était nécessaire. La procédure d'appel du Ministère est en cours. Il n'existe donc pas d'autorisation confirmée et définitive à ce jour.
Point 3, la pétition affirme
« L'APE a attaqué l'arrêté préfectoral pour vérifier que la préparation de la plage ne porte pas atteinte aux posidonies qui se trouvent au large. »
Cette présentation est incomplète ou incorrecte sur trois points importants.
Le recours a été déposé conjointement par l'APE et France Nature Environnement PACA.
Il ne concernait pas la simple préparation estivale de la plage mais l'absence d'étude d'impact préalable sur les conséquences des rechargements répétés en sable de carrière à proximité immédiate d'un herbier de Posidonia oceanica, espèce protégée.
L'herbier concerné n'est pas situé « au large » mais directement en bordure de plage.
Enfin, contrairement à ce qui est indiqué dans la pétition, l'appel a été formé par le ministère concerné et non par le préfet du Var.
Point 4, la pétition affirme
« Les études réalisées par la Métropole démontrent que le procédé n'a aucunement altéré l'état des posidonies. »
Cette affirmation ne reflète pas les constats figurant dans les études disponibles.
Les rapports commandés par la Métropole mentionnent la présence de mattes mortes, de cuvettes sableuses et de secteurs ensablés au sein de l'herbier.
Par exemple le dernier rapport CREOCEAN N°251144 de novembre 2025 indique notamment :
« L'herbier est fragmenté, avec une alternance d'herbier vivant et de patchs de matte morte. Des cuvettes de sable sont également observées... Certaines parties de l'herbier apparaissent à première vue ensablées » (voir photo ci-dessous, crédit Creocéan) et que ces ensablements ne peuvent pas être reliés à des apports naturels. C'est précisément pourquoi le tribunal a estimé qu'une étude d'impact indépendante était nécessaire.
Ces observations rejoignent celles réalisées depuis plusieurs années par l’APE et FNE (photographies APE ci-dessous).
Sur le titre de la pétition : « nettoyage et réensablement »
Le titre met en avant la notion de « nettoyage » de la plage.
Pourtant, le texte de la pétition ne traite à aucun moment de l'enlèvement des déchets présents sur le site. Il demande exclusivement la réalisation d'un rechargement en sable.
Or les rechargements successifs ont eu pour effet de recouvrir temporairement différents matériaux anthropiques : gravats, blocs de béton, fragments de revêtement bitumineux ou débris divers, régulièrement remis au jour par les tempêtes hivernales comme nos photographies en témoignent.
Cette situation interroge sur l'emploi du terme « nettoyage » dans le titre de la pétition. Si pour le(s) rédacteurs de la pétition « nettoyage » signifie enfouir les déchets sous le sable plutôt que les retirer, nous comprenons mieux l'usage de ce terme dans le titre.
Une autre vision pour Sainte-Asile
En 2023, la Région Sud a lancé la « Charte d’engagement pour des plages de caractères en Méditerranée »..
Cette démarche rappelle que les banquettes de posidonie constituent un élément naturel essentiel du fonctionnement des plages méditerranéennes et qu'elles participent à la protection du trait de côte.
L'APE et FNE PACA comprennent parfaitement le souhait des habitants de disposer d'une plage agréable et accueillante.
Mais la réponse ne peut pas reposer sur un rechargement annuel en sable de carrière destiné à disparaître lors des premières tempêtes tout en faisant peser des interrogations sur l'avenir d'un herbier protégé.
Nous proposons :
- la mise aux normes des réseaux pluviaux responsables des pollutions bactériologiques ;
- la réalisation d'une étude d'impact indépendante et publique avant toute décision de travaux sur la plage ;
- la mise en valeur durable du site autour de ses atouts naturels : qualité des eaux, protection de l'herbier de posidonie, entretien régulier des déchets apportés par la mer ou les épisodes pluvieux ;
- une réflexion sur un aménagement plus naturel et pérenne du littoral.
Quelques heures suffisent pour déplacer des centaines de mètres cubes de sable. Il faut plusieurs décennies pour qu'un herbier de posidonie progresse d'un seul mètre.
Entre une solution éphémère et un patrimoine naturel protégé à l'échelle du siècle, le choix mérite au minimum d'être éclairé par une étude d'impact indépendante.
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