Le 17 juin 2026, nous avons eu le privilège de découvrir sur le terrain les travaux de restauration des herbiers de posidonie menés par l'association NaturDive dans le cadre du projet PRIME (Posidonia Restoration Initiative for a Resilient Mediterranean Ecosystem).

z01 Groupe sur le bateau IMG 3232 z02 Posidonie et cymodocée IMG 3195 z03 Herbier IMG 3131

z04 Statue IMG 3168 z05 Statue Algues IMG 3089

Le groupe de membres de France Nature Environnement et de l’APE à bord du bateau sur le site de l'écomusée sous-marin de Cannes. Dans les eaux limpides des îles de Lérins, deux espèces protégées, Posidonie et Cymodocées cohabitent sous la forme de beaux herbiers bien développés. Six statues y ont été immergées entre 84 à 132 mètres du rivage sud de l'île Sainte-Marguerite, à une profondeur de 3 à 5 mètres, facilement accessible en palmes, masque et tuba. Elles sont couvertes d’algues Padina et d’acétabulaire.

Équipés de palmes, masque et tuba, profitant d'une mer calme à 22 °C et de conditions idéales d'observation, nous avons rejoint le site de l'Écomusée sous-marin de Cannes, entre les îles de Sainte-Marguerite et de Saint-Honorat. À quelques mètres seulement sous la surface, derrière l'image de carte postale des yachts au mouillage et des eaux turquoise, se déroule un patient travail de restauration écologique.

Sauver les fragments arrachés avant qu'ils ne disparaissent

Le principe du projet est à la fois simple et ingénieux : récupérer les fragments de rhizomes de posidonie arrachés par les ancres ou les tempêtes, qui dérivent sur les fonds marins et sont généralement condamnés à disparaître, pour leur offrir une seconde chance de vivre sur ce site en les replantant.

z10  Fragment Rhizomes arrrachés dérivant sur le fond P6170399 z11 Fragments de rhizomes et filets IMG 3211 z12 Fragments de rhizomes en attente IMG 3216

Les fragments de posidonie arrachés par les ancres retrouvent une seconde vie grâce au projet PRIME. Samuel Jeglot, directeur de NaturDive nous montre les fragments de rhizomes collectés la veille et qui ont été sélectionnés pour être replantés en plongée dans les jours suivants.

Les plongeurs sélectionnent sur le fond les fragments de rhizomes encore vigoureux sur lesquels subsistent quelques feuilles, les regroupent en lots de cinquante rhizomes avant de les conserver immergés dans des filets jusqu'à leur replantation.

z13 Agrafes métallique en attente P6170421 z14 Agrafes en place IMG 3140

z15 Carré replantation IMG 3110 z16 Mosaique de replantation P6170424 z17 IMG 3120

Chaque carré replanté par les plongeurs représente des dizaines de fragments de rhizomes soigneusement fixés à l’aide de plusieurs agrafes dans les rhizomes de la matte morte tapissant le fond du site. Soigneusement localisés, ils seront suivis scientifiquement pendant plusieurs années.

Ceux-ci sont ensuite fixés méthodiquement sur des zones de matte morte à l'aide d'agrafes métalliques, selon une géométrie étudiée pour favoriser leur reprise et la reconstitution progressive de l'herbier.

Carte herbiers 1200x812 Crédit Natur Dive

Cartographie des surfaces concernées par la restauration de posidonie depuis 2024 (Crédit Natur Dive)

Depuis son lancement, le projet affiche déjà des résultats remarquables : 2 735 m² d'herbiers restaurés, 38 100 fragments replantés, 759 heures d'immersion et près de 400 plongées individuelles consacrées à cette mission de restauration écologique.

Une méthodologie rigoureuse dans un site exceptionnel

Le choix de l'Écomusée sous-marin de Cannes ne doit rien au hasard. Cette zone bénéficie de nombreux statuts de protection, notamment Natura 2000, le sanctuaire Pelagos et une zone interdite aux engins motorisés, qui offrent des conditions favorables au succès de la restauration. Les plantations font ensuite l'objet d'un suivi scientifique pendant au moins cinq ans afin d'évaluer leur croissance et leur pérennité.

Un laboratoire grandeur nature… mais aussi un territoire sous forte pression

La zone des îles de Lérins constitue un remarquable laboratoire pour la restauration écologique, mais elle illustre également les nombreux conflits d'usages qui affectent aujourd'hui le littoral méditerranéen. Chaque été, des centaines de bateaux de plaisance, voiliers et yachts fréquentent ce secteur très prisé. Malgré les réglementations mises en place, les mouillages demeurent l'une des principales causes d'arrachement des rhizomes de posidonie.

z20 Voiliers et Yachts IMG 3210 z21 Pizza IMG 3077 z22 Cocktails IMG 3221

z23 IMG 3094 z24 parc aquacole IMG 3065 z35 Ancre P6170441

De nombreux voiliers et yachts mouillent entre les iles de Lerins avec des mouvements quasi permanents de navettes entre le bateau pizza, cocktails et autres services… Passages de câbles et autres tuyauteries, installations aquacoles, infrastructures portuaires compliquent la gestion de la zone.

À cette forte fréquentation nautique s'ajoutent diverses activités maritimes, notamment des installations aquacoles et des infrastructures portuaires situées à proximité, qui témoignent de la multiplicité des usages concentrés sur un espace marin restreint. Concilier tourisme, économie maritime, plaisance et préservation d'un patrimoine naturel exceptionnel représente un défi majeur pour les gestionnaires du littoral.

Cette réalité rappelle que la restauration écologique, aussi exemplaire soit-elle, ne peut constituer qu'une partie de la réponse. La protection durable des herbiers de posidonie passe avant tout par une réduction des pressions qui s'exercent sur eux et par une gestion concertée des activités humaines en mer.

Restaurer, oui… mais surtout préserver

Cette visite rappelle une évidence : la restauration écologique est une démarche passionnante et prometteuse, mais elle ne saurait remplacer la préservation des herbiers existants.

z31 Herbier IMG 3124 z32 Herbier IMG 3130 z33 Herbier IMG 3177 z34 Statue P6170405 z35 Ancre P6170441

Restaurer les herbiers est possible, mais préserver ceux qui existent demeure la priorité absolue pour protéger la biodiversité méditerranéenne.

Chaque fragment replanté demande des dizaines d'heures de travail, des moyens humains importants et un suivi scientifique de longue durée. À l'inverse, éviter les dégradations – qu'elles soient causées par les mouillages anarchiques, certains aménagements côtiers ou les rechargements inadaptés de plages – reste la solution la plus efficace, la moins coûteuse et la plus respectueuse du fonctionnement naturel des écosystèmes.

Une source d'inspiration pour la protection des petits fonds côtiers

Pour l'APE, cette immersion constitue également un encouragement à poursuivre les travaux engagés sur le récif frangeant de posidonie de la plage de la Vieille, de l’herbier de la plage de Sainte-Asile à Saint-Mandrier-sur-Mer. Les herbiers superficiels que nous étudions jouent un rôle essentiel de nurserie pour de nombreuses espèces marines et participent à la stabilisation du littoral.

Voir renaître des fragments condamnés grâce à l'engagement de bénévoles, de scientifiques et de plongeurs est un formidable message d'espoir. Mais ce message s'accompagne d'une responsabilité : protéger les herbiers encore intacts afin qu'ils n'aient jamais besoin d'être restaurés.

La meilleure restauration reste celle que l'on n'a pas besoin d'entreprendre.

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