Ce que nos photos montrent

Les photographies publiées ici ont été prises récemment depuis la presqu'île de Saint-Mandrier. Elles montrent des panaches de fumée noire ou grise s'échappant des cheminées de ferries. Pas besoin de long discours : ces images témoignent d'une réalité que certains responsables politiques, prompts à se féliciter de progrès qui restent à démontrer, semblent avoir décidé de ne plus voir.

Le Pascal Lota et leurs contemporains : une pollution bien réelle

Les ferries de Corsica Ferries ont longtemps été pointés du doigt pour leur utilisation de fioul lourd à haute teneur en soufre, carburant bon marché mais extrêmement polluant, notamment lors des manœuvres portuaires.

z01 Pascal Lota 20260305 7h50 02605177 z02 Pascal lota 20260403 10h20 02606562 z03 Pascal lota 02608014

z04 Pascal lota 02608027 z05 Pascal lota 02608022b z06 Dixmude Hélicoptère 02608036

Le Pascal Lota, de la Corsica Ferries, est régulièrement signalé par les riverains et les associations environnementales pour les émanations visibles lors de ses escales. Ce que l'on observe depuis la presqu'île lors de ses passages n'est pas une anomalie passagère : c'est le résultat mécanique de la combustion d'un carburant lourd à des régimes moteurs élevés, dans l’espace maritime y compris la rade de Toulon. Il n’est pas le seul… (Photographies prises le 5 mars à 7h50, le 3 avril à 10h20, le 16 avril 2026 à 18h30 et le 17 avril 2026 à 7h30).

Ce que disent les réglementations

Depuis le 1er janvier 2020, la réglementation internationale MARPOL impose une limite de 0,5 % de teneur en soufre dans les carburants marins, contre 3,5 % auparavant, une avancée réelle, mais insuffisante pour éliminer les émissions de particules fines, d'oxydes d'azote (NOx) et de dioxyde de carbone.

Dans les zones SECA (Sulphur Emission Control Areas), la limite est encore plus stricte : 0,1 %. Depuis le 1er mai 2025, les navires accostant dans un port en mer Méditerranée doivent respecter une teneur maximale de 0,1 % de soufre dans leur carburant, contre 0,5 % jusqu’à présent. Soit quand même pour les ferries, une teneur 10 fois au-dessus de la limite pour le diesel des véhicules qu’ils peuvent transporter

Par ailleurs, la réglementation européenne impose aux navires à quai dans les ports de l'Union européenne l'utilisation d'une connexion électrique à terre (cold ironing) ou de carburants à très faible teneur en soufre depuis janvier 2025. Le port de Toulon dispose d'équipements de branchement électrique à quai, mais leur déploiement effectif sur l'ensemble des navires concernés reste très partiel.

Des déclarations rassurantes qui ne résistent pas à l'observation

Lors des débats autour du Contrat de baie de la rade de Toulon, dans différents médias certains élus et responsables portuaires ont affirmé que la qualité de l'air s'était « considérablement améliorée » et que la pollution visible depuis la presqu'île appartenait « au passé ». Nos photos prouvent le contraire.

Mais à force de verdir les discours sans transformer réellement les pratiques, on finit par produire une écologie de façade. Une écologie d’affichage. Une écologie de tribune. Une « excrologie » politique, où l’on proclame la disparition des problèmes… sans qu’ils aient réellement disparu.

Il ne s'agit pas de nier que des progrès ont été accomplis. Les moteurs sont plus récents, certains navires ont installé des épurateurs de gaz (scrubbers). Mais un scrubber à boucle ouverte, largement répandu, ne fait que transférer la pollution de l'air vers la mer — une solution qui ne fait que déplacer le problème dans notre rade.

L'APE rappelle que les émissions des navires de croisière et des ferries constituent l'une des sources de pollution atmosphérique les plus sous-estimées dans les zones portuaires méditerranéennes. Une étude de l'organisation Transport & Environment publiée en 2022 a établi que les navires de croisière émettaient, en Méditerranée, davantage d'oxydes de soufre que l'ensemble du parc automobile de la région.

Ce que l'APE demande

L'APE n'a pas vocation à se substituer aux autorités de contrôle. Mais elle a le devoir de documenter, de témoigner et d'alerter. C'est précisément l'objet de ces photographies.

Nous demandons :

1. L'obligation effective sans condition horaire du branchement électrique à quai pour tous les ferries en escale à Toulon, avec un calendrier contraignant et des contrôles réels.

3. Une surveillance indépendante de la qualité de l'air en rade de Toulon, avec des capteurs permanents à proximité des quais d'embarquement et des données accessibles au public en temps réel.

4. La fin des déclarations de façade. La rade de Toulon n'est pas propre parce qu'on le dit. Elle le sera quand les mesures prises correspondront aux engagements affichés.

Un enjeu de santé publique, pas seulement environnemental

Les particules fines émises par les moteurs diesels marins ne s'arrêtent pas à la limite des trois milles nautiques. Elles pénètrent dans les poumons des habitants de Saint-Mandrier, de La Seyne-sur-Mer, de Toulon et de toute la presqu'île. Les personnes âgées, les enfants et les personnes souffrant de pathologies respiratoires sont les premières victimes d'une pollution que l'on préfère ne pas mesurer, parce que mesurer, c'est devoir agir.

Nos photos sont là. Nous les publions, nous continuerons à en prendre, et nous les soumettrons à qui voudra les voir.

L'APE Saint-Mandrier œuvre depuis 1983 pour la protection de l'environnement et l'amélioration du cadre de vie de la presqu'île. Si vous avez observé des épisodes de pollution atmosphérique en rade de Toulon et souhaitez nous faire parvenir vos témoignages ou photographies, contactez-nous.

Participez à notre combat pour un environnement plus sain !
Rejoignez-nous pour porter ensemble des solutions concrètes ou soutenez nos actions

Adhérez ou faites un don

Chaque geste compte pour réduire la pollution !