Depuis plusieurs jours, de nombreux échanges et questions sur les réseaux sociaux portent sur la récente contamination au norovirus des productions conchylicoles (moules et huîtres) de la zone de Tamaris. Causes, responsabilités, conséquences sanitaires : face aux approximations et aux raccourcis, l’APE souhaite apporter des éléments factuels, techniques et scientifiques afin d’éclairer le débat.

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Quelle est l’origine des norovirus dans l’environnement marin ?

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) décrit clairement les mécanismes en jeu.

Les norovirus sont des virus strictement humains. Lorsqu’une personne est atteinte de gastro-entérite à norovirus, elle devient un réservoir viral et excrète de grandes quantités de virus dans ses selles. En période hivernale, lors des épidémies de gastro-entérites, ces rejets sont massifs et se retrouvent dans les eaux usées collectées dans le réseau sanitaire, puis traitées par les stations d’épuration avant rejet dans le milieu naturel.

En cas de fortes pluies, les réseaux d’assainissement peuvent être saturés. Des débordements ou rejets d’eaux usées non traitées, parfois diluées mais toujours contaminées, peuvent alors se disperser dans les eaux marines littorales et, le cas échéant, dans les zones de production conchylicole locales. C’est ce qui se produit dans zone de la baie du Lazaret-Tamaris

D’autres sources de contamination microbiologique existent également, comme le rejet accidentel en mer de filtres biomédias provenant des stations d’épuration. C’est ce que l’APE a régulièrement observé sur la presqu’ile et signalé au préfet (courrier N°APE 2022-54 du 17 novembre 2022).

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En revanche incriminer une pollution microbiologique due aux fientes des oiseaux marins au moment des pluies n’apparait pas réaliste à l’échelle d’une baie comme celle du Lazaret-Tamaris. C’est une hypothèse locale mise en avant mais qui ne nous est jamais apparu comme crédible comme cela a indiqué lors de la réunion du 27 juin 2022 de la Commission régionale des cultures marines (CRCM). « FNE PACA/APE est dubitative quant à la piste de l'origine aviaire, et rappelle qu'il reste un résultat supérieur à 35000 E. coli/100ml en 2021.»

Pourquoi les huîtres et les moules sont-elles concernées ?

Les norovirus sont très résistants dans l’environnement marin, mais ils ne s’y multiplient pas, pas plus qu’ils ne se multiplient dans les huîtres. En revanche, les huîtres et les moules sont des coquillages filtreurs : une huître peut filtrer jusqu’à 5 litres d’eau de mer par heure pour se nourrir.

Ce mécanisme conduit à une concentration des virus initialement présents dans l’eau de mer, pouvant atteindre un facteur 100 dans les coquillages. La charge virale ainsi accumulée devient suffisante pour provoquer des gastro-entérites aiguës chez les personnes qui consomment ces coquillages crus ou insuffisamment cuits.

C’est ce mécanisme bien connu qui s’est une nouvelle fois produit en décembre dernier, notamment dans la rade de Toulon, comme cela a également été observé dans l’étang de Thau.

Des témoignages concordants sur le web indiquent par ailleurs qu’au cours des fortes pluies de décembre, les stations de relevage des eaux usées, en particulier celle de Saint-Elme, ont débordé, entraînant une surveste et le ruissellement d’eaux usées dans le réseau pluvial débouchant en mer.

Des alertes anciennes et des propositions ignorées

Depuis de nombreuses années, les associations FNE et APE alertent les autorités sur la contamination microbiologique chronique des eaux de la rade de Toulon et de la baie du Lazaret. Ces alertes concernent à la fois la sécurité sanitaire des consommateurs et celle des baigneurs, mais aussi l’impact sur les écosystèmes marins.

Contrairement à ce qu’affirme de façon récurrent un politicien local détracteur de nos associations, ces démarches n’ont jamais visé à nuire aux activités conchylicoles. Elles visent bien au contraire à garantir leur pérennité, en assurant une qualité des eaux compatible avec les exigences sanitaires et environnementales.

Aussi les associations préconisent notamment :

  1. La rénovation accélérée des secteurs vétustes des réseaux d’assainissement, afin de réduire les sources de pollution.
  2. Le renforcement et l’adaptation du réseau de surveillance des productions aquacoles aux spécificités hydrodynamiques de la rade.
  3. Une réévaluation régulière du classement sanitaire préfectoral des zones conchylicoles, condition indispensable à une gestion responsable du risque.

Ces préoccupations ont été exprimées à plusieurs reprises en réunions de la CRCM (20220627, 20230512, ifremer 20240117, 20240117) et par des courriers adressés au préfet du Var (22-58, 23-02, 23-31, 24-10)

Une gestion du risque perfectible dans le Var

Les associations ont notamment souligné les différences de gestion des épisodes pluvieux intenses entre départements, en comparant le Var et l’Hérault. En décembre 2022, à la suite d’un signalement d’épidémie de gastro-entérites, la préfète de l’Hérault avait rapidement pris des arrêtés d’interdiction de commercialisation des coquillages de l’étang de Thau.

Dans le Var, malgré des situations comparables, la gestion apparaît moins réactive. Les associations ont demandé à plusieurs reprises la communication des résultats d’analyses de norovirus sur les productions de Tamaris, sans jamais obtenir de réponse.

Les limites actuelles de la surveillance microbiologique

L’ANSES recommande aux consommateurs de s’approvisionner exclusivement dans des zones de production autorisées et contrôlées. Ces zones font l’objet d’une surveillance microbiologique fondée principalement sur la mesure d’Escherichia coli, bactérie indicatrice de contamination fécale.

Ce choix méthodologique permet une réaction rapide, car les résultats de mesure sont obtenus très rapidement. En revanche la quantification des norovirus dans les coquillages est plus longue et plus complexe. Toutefois, les prélèvements de surveillance et donc les mesures d’Escherichia coli ne sont pas systématiquement réalisés lors des épisodes pluvieux. Pourtant ce sont, précisément les périodes les plus à risque sanitaire pour les consommateurs de coquillages.

Cette lacune crée un « angle mort sanitaire » que les associations estiment nécessaire de corriger sans délai.

Par ailleurs, depuis plusieurs années, les valeurs les plus élevées de contamination sont écartées des rapports de synthèse d’Ifremer, ce qui introduit des biais d’interprétation de la qualité microbiologique réelle des eaux (Réunion CRCM du 12 mai 2023 et du 17 janvier 2024, courrier au préfet du 18 février 2024 N°APE 2024-10 et rapport FNE/APE/Les gardiens de la rade d’analyse des données historiques des contaminations bactériologiques des moules du Lazaret).

Un contexte environnemental aggravant

L’évolution climatique en cours et prévisible avec l’augmentation des pollutions entraînent déjà des effets mesurables dans la rade de Toulon : hausse de la température estivale, accumulation de plastiques et développement de germes pathogènes naturellement présents en milieu marin. C’est par exemple le cas de Vibrio parahaemolyticus, bactérie entéropathogène pouvant également contaminer les produits de la mer produisant des gastro-entérites sévères (Réunion de la CRCM du 1 décembre 2022 et courrier au préfet APE 2022-58 du 8 décembre 2022).

Conclusion : appliquer la réglementation, sans la contourner

Pour l’APE et FNE et de nombreux scientifiques il n’y aucun mystère à résoudre concernant l’origine de ces pollutions microbiologiques à répétition et « casser le thermomètre ne fait pas tomber la fièvre ».

Nier la source et les causes du problème, le réseau sanitaire vétuste à rénover, ne permet ni de protéger la santé publique, ni de sécuriser durablement les activités conchylicoles.

Aussi, les associations demandent l’application rigoureuse des critères de classement sanitaire des zones conchylicoles, tels que définis par le règlement (CE) n° 854/2004 et les instructions DGAL/SDSSA/2016-448, et en particulier :

  • la révision du plan de surveillance de la zone conchylicole du Lazaret-Tamaris, avec des prélèvements systématiques lors de fortes pluies ;
  • la prise en compte de l’ensemble des résultats analytiques, y compris les valeurs élevées, dans le calcul du classement sanitaire.

La transparence, l’adaptation des méthodes de contrôle et la prévention en amont sont les seules réponses responsables face à un risque sanitaire avéré.

Il en va de la protection des consommateurs, de la crédibilité des filières locales et de la qualité environnementale de la rade de Toulon.

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