Période électorale aidant, la rénovation urbaine et l’urbanisation sont de retour, enveloppées d’un discours rassurant et bien rodé. Construire était et serait une nécessité. Construire davantage, une évidence. Construire toujours plus, presque une vertu.

À écouter certains bien connus pour leurs programmes électoraux ânonnés depuis trente ans, il s’agirait même d’un impératif économique et social. Peu importe que les espaces naturels se réduisent, que les sols s’imperméabilisent, que le littoral perde progressivement ce qui fait sa valeur et son attractivité. Ce serait, nous disent-ils, le prix du progrès.

Le mécanisme est désormais familier. La science, l’écologie est volontiers invoquée lorsqu’elle conforte les orientations choisies. Mais lorsqu’elle alerte sur les conséquences délétères de l’artificialisation des sols, la surfréquentation, la dégradation des écosystèmes, la pression sur les ressources ou les infrastructures, elle devient soudain « discutable », « anxiogène », voire « excessive », pour ne pas dire plus et rester poli.

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La presqu’ile de Saint-Mandrier vue du ciel. Les terrains à vocation agricole dominent le paysage dans les années 50 puis les constructions grignotent les terres agricoles à partir de la fin des années 60 (Source IGN).

Sur la presqu’île de Saint-Mandrier-sur-Mer, ces contradictions prennent une dimension particulièrement visible.

On continue de justifier de nouveaux programmes immobiliers au nom du logement, alors même qu’une réalité dérangeante s’impose : le nombre de résidences secondaires y dépasse désormais celui des résidences principales. Autrement dit, on construit encore, de plus en plus depuis 5 ans, mais de moins en moins pour loger en permanence et durablement des habitants.

Dans le même temps, la rotation des biens explose. Le marché immobilier s’emballe, les ventes et reventes s’enchaînent à un rythme soutenu, transformant progressivement le logement en produit financier plus qu’en lieu de vie. Cette dynamique alimente une pression foncière croissante, renchérit les prix et complique l’accès au logement pour les ménages locaux.

Mais les conséquences ne sont pas seulement sociales ou économiques.

Zone Civil 1955 2025Détail

En 70 ans, les terrains agricoles qui dominaient l’espace civil de la presqu’ile, en particulier dans le secteur de Pin Rolland dépourvu pratiquement de toute habitation en 1955, ont été massivement urbanisés par des maisons individuelles et des immeubles. Dans le même temps, la totalité du littoral du côté de la petite rade a été entièrement artificialisé (Source IGN).

La presqu’île est un territoire contraint, aux capacités physiques limitées. Les réseaux pluviaux et d’assainissement, anciens, vétustes et sous-dimensionnés des années 70, peinent déjà à absorber les charges actuelles. Chaque nouvelle construction accroît mécaniquement les volumes à traiter, les risques de saturation, les incidents et les coûts futurs pour la collectivité.

Les voiries, elles, ne peuvent être indéfiniment élargies. L’espace manque, les contraintes géographiques sont évidentes. Pourtant, la densification se poursuit, générant davantage de circulation, de tensions sur le stationnement, de nuisances et de vulnérabilités en cas d’événements exceptionnels.

À ces pressions s’ajoutent des effets environnementaux bien connus : aggravation des îlots de chaleur, ruissellements accrus, fragilisation des sols, banalisation par le béton des paysages, recul du vivant.

Et malgré cela, le récit reste inchangé : il faudrait construire pour répondre aux besoins.

La question essentielle demeure pourtant largement évitée : quels besoins, et pour quel territoire ?

Car multiplier les opérations immobilières dans un espace littoral limité, déjà fortement urbanisé et majoritairement occupé par des résidences secondaires ne relève plus d’une politique du logement. Cela relève d’un modèle politique de développement archaïque dont les impacts écologiques, sanitaires, sociaux et financiers sont de plus en plus visibles.

Parier sur la capacité du futur à réparer ce que le présent dégrade n’a rien de visionnaire. C’est, au mieux, un acte de foi.

Au pire, une fuite en avant.

Et dans l’immédiat, une opération souvent très rentable pour certains.

Depuis des années, l’APE est engagée contre l’urbanisation excessive de la presqu’ile, contre la bétonisation de Saint-Mandrier et pour des projets alternatifs de rénovation urbaine.

Si vous partagez notre volonté de protéger durablement la presqu’île,

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