Ce matin encore, le spectacle était grandiose au large et en petite rade de Toulon. Le ferry Pascal Lota de la Corsica ferries battant pavillon italien, faisait son entrée, majestueux, traînant derrière lui un nuage de fumée conséquent. Oh, rassurez-vous, la fumée n’était pas noire ! Elle était grise, jaunasse. Une nuance subtile qui pour certain.es changerait sans doute tout pour nos poumons, mais absolument rien au sentiment général sur notre santé : on se moque ouvertement de nous.

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Arrivée à 7h30 du Pascal Lota de la Corsica Ferries en rade de Toulon, panache habituel de polluants dans sa traînée. « Les signes visibles de la pollution qu'il convient de supprimer dans les meilleurs délais », Josée Massi, octobre 2025. A terre, plus loin, au même moment un panache de brûlage complète l’image des pollutions atmosphériques quotidiennes auxquelles nous sommes soumis : Allez les sportifs, Respirez-soufflez, respirez-soufflez… (Vidéo et photographies prises le 4 juin 2026 à 7h35)

Un courrier ferme... resté lettre morte ?

Pour comprendre l'ironie de la situation, il faut rembobiner le film jusqu’au 3 octobre 2025. Ce jour-là, la maire de Toulon, Josée Massi, s'emparait parait-il de son plus beau stylo pour adresser un courrier teinté de fermeté à Pierre Mattei, président de Corsica Ferries.

Dans cette missive largement relayée par Nice-Matin, l'édile exigeait :

  • La suppression pure et simple des panaches de fumée noire.
  • Le branchement systématique des navires équipés à l’électrification à quai.
  • Un calendrier précis des mesures prises par la compagnie.

Madame la Maire enfonçait le clou en qualifiant ces fumées de « signes visibles de la pollution qu’il convient de supprimer dans les meilleurs délais. » Les signes ou la pollution ? Elle rappelait également une règle d'or : chaque navire connectable doit se connecter. Sauf cas de force majeure, bien entendu.

z03 20260602 16h20 Pascal Lota a quai sans branchement 02602410R z04 20260602 19h20 Pascal Lota départ 02602417R z05 20260602 Pascal Lota départ 02602422R2

Le Pascal Lota de la Corsica Ferries à quai du port de Toulon sans aucun branchement, puis quittant la rade pour gagner le large en direction de la Corse panache habituel de polluants dans sa trainée. (Photographie prises le 2 juin 2026 à 7h35)

La force majeure a bon dos. Avant-hier encore, le même navire était photographié à quai au port de Toulon. Diagnostic ? Zéro connexion à la borne électrique. Le navire tournait sagement sur ses propres moteurs auxiliaires. À croire que la "force majeure" à Toulon est devenue une routine quotidienne comme le montre le faible nombre de connections annuel.

L'électrification à quai : le grand bluff financier

C’est là que le bât blesse et que le portefeuille du contribuable commence à brûler. L'électrification des quais de Toulon n'est pas un miracle de la nature, c'est un investissement public colossal. Des millions d’euros issus de nos impôts ont été injectés pour doter le port de bornes électriques high-tech, censées transformer Toulon en modèle de transition écologique maritime.

La promesse était belle, particulièrement pendant les campagnes électorales : « Votez pour nous, et vous respirerez un air pur grâce aux branchements à quai ! »

Quelques mois plus tard, le constat visuel et olfactif est implacable. Les bornes sont là, l'argent public a été dépensé, mais les navires continuent de fumer. Qu'elle soit noire mazout ou gris souris, la fumée reste le symbole d'une transition qui patine. Les promesses électorales se seraient-elles évaporées en même temps que les derniers scrutins ?

Le jeu des nuances

On imagine déjà les éléments de langage de la compagnie ou de la municipalité de Toulon ou de Saint-Mandrier : « Mais regardez, la fumée est grise, pas noire ! Des efforts ont été faits ! ». Jouer sur les nuances de couleurs pour masquer l'inaction est un art dans lequel certains excellent.

En attendant que le "calendrier précis" exigé par la mairie sorte enfin des tiroirs, les habitants de la rade, eux, continuent d'admirer le paysage : un port aux bornes électriques esseulées qui décorent les quais, et des ferries qui continuent de cracher leur doux parfum de fioul en toute impunité.

Alors, Mesdames, Messieurs, présidente et vice-présidents de TPM, simple coup de communication préélectorale ou réelle volonté politique ? Pour l'instant, les actes n'ont pas l'odeur de la rose, mais bien celle des particules fines.