Les photographies de ferries ou de paquebots laissant échapper des panaches de fumée au-dessus de la rade de Toulon suscitent régulièrement la crainte des résidents pour leur santé. En effet, derrière ces panaches bien visibles se cache une réalité bien plus préoccupante : celle d'une pollution atmosphérique dont les conséquences sur la santé humaine sont aujourd'hui largement documentées.

z02 Marella Discovery 2 General 02602902 z03 02602915 z05 Valiant Lady entrée rade P1070797 z07 Valiant Lady entrée rade 02603012

Avec la « belle saison », avant-hier, c'est le paquebot Harmony of the seas qui croisait au large de la presqu’ile, hier c’était le Marella Discovery 2 qui faisait son entrée dans la rade en laissant s'échapper un panache de fumée bien visible.  Aujourd'hui, c’était le Costa Pacifica suivi de près par le Valiant Lady qui a été filmé à quai dans le port de Toulon avec des fumées s'élevant au-dessus des cheminées et dérivant au-dessus de la ville. À l'heure où les collectivités affichent leurs ambitions climatiques et sanitaires, ces images interrogent quant à l’impact sur la santé des habitants de la rade (Photographies du Marella Discovery 2 battant pavillon des Bahamas prises le 7 juin 2026 à 8h00 et du Valiant Lady battant également pavillon des Bahamas prises le 8 juin 2026 à 8h00).

Selon les études menées par AtmoSud, le secteur maritime représente à lui seul environ 42 % des émissions d'oxydes d'azote (NOx) sur la commune de Toulon et 36 % sur La Seyne-sur-Mer. Les navires émettent également des particules fines, du dioxyde de soufre, du carbone suie et du dioxyde de carbone issus de la combustion des carburants marins. Les mesures réalisées autour du terminal ferries montrent que la contribution de l'activité maritime à la pollution mesurée peut atteindre entre un tiers et la moitié des concentrations observées selon les polluants et les conditions météorologiques. Les niveaux de dioxyde d'azote relevés à proximité du terminal sont comparables à ceux mesurés le long d'axes routiers fortement circulés de Toulon.

z10 P1070798 z11 02602901 z13 Fumée tete de mort interrogation 3 z14 BQfKu3aI3WIhQhPtSBlCp rfPyeUy7

Derrière le panache visible, une pollution invisible mais mesurée : oxydes d'azote, particules fines et gaz à effet de serre continuent d'affecter la qualité de l'air de la rade de Toulon. L'Évaluation de l'Impact Sanitaire réalisée sur l'agglomération toulonnaise par Santé publique France de la pollution atmosphérique concluait en 2004 déjà à 84 décès prématurés par an liés à la pollution atmosphérique à court terme sur un territoire alors de 267 808 habitants (Toulon, La Seyne-sur-Mer, La Garde et La Valette-du-Var), et indiquait qu'une amélioration durable de la qualité de l'air permettrait d'éviter davantage de décès à long terme. Quel est aujourd’hui l’impact sanitaire de la multiplication de la pollution des paquebots sur les habitants de la rade ? En attente d’une nouvelle évaluation par SPF, la question reste posée (Photographies prises le 7 juin 2026 à 8h00 et le 8 juin 2026 à 8h00. La tête de mort n'était pas dans le ciel de Toulon. Les polluants, eux, étaient bien présents. Montage symbolique réalisé à partir d'une photographie réelle).

Les données locales disponibles montrent que la pollution de l'air demeure un enjeu majeur de santé publique sur l'aire toulonnaise. En croisant les évaluations sanitaires nationales et les mesures réalisées autour de la rade, il est possible d'estimer que plusieurs dizaines de décès prématurés surviennent chaque année à Toulon en lien avec la pollution atmosphérique. Les émissions du trafic routier restent prépondérantes, mais les activités portuaires et maritimes pourraient contribuer à plusieurs dizaines de décès supplémentaires à l'échelle de la métropole, faisant de la qualité de l'air un enjeu sanitaire aussi important que les enjeux environnementaux.

Cette situation n'est pas anodine. La pollution atmosphérique constitue aujourd'hui l'un des principaux enjeux de santé publique en France. Les particules fines et les oxydes d'azote sont associés à une augmentation des maladies cardiovasculaires, respiratoires, des cancers pulmonaires et à une diminution de l'espérance de vie.

Conscients de ces enjeux, l'État et les collectivités ont adopté le Plan de Protection de l'Atmosphère (PPA) du Var, approuvé en 2022. Ce document stratégique fixe une cinquantaine d'actions destinées à réduire les émissions de polluants atmosphériques, notamment dans le domaine des transports, et rappelle que la qualité de l'air demeure un enjeu majeur de santé publique malgré les progrès déjà réalisés. Le PPA vise non seulement le respect des seuils réglementaires mais également un rapprochement des recommandations sanitaires de l'Organisation mondiale de la santé, beaucoup plus exigeantes.

La Métropole Toulon Provence Méditerranée s'est également engagée à travers son Plan Climat-Air-Énergie Territorial (PCAET) à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à améliorer la qualité de l'air.

Mais ces objectifs ne pourront être atteints sans une transformation profonde du transport maritime.

L’APE n'est pas opposée au transport maritime. Les ferries assurent des liaisons indispensables avec la Corse. Le transport maritime reste par ailleurs, pour certaines marchandises, plus efficace que le transport routier.

En revanche, l'APE considère que le maintien de motorisations utilisant des combustibles fossiles fortement émetteurs n'est plus compatible avec les enjeux sanitaires et climatiques actuels.

Afin que l'exploitation des navires n'ait plus d'impact significatif ni sur le climat ni sur la santé des populations riveraines, notre association soutient :

  • le développement rapide de l'électrification systématique des quais, en particulier à La Seyne sur mer, et du branchement obligatoire des navires, ferries et paquebots, dès leur arrimage à quai ;
  • le renouvellement de la flotte par des navires à très faibles émissions utilisant des technologies permettant la suppression des émissions d'oxydes d'azote, de soufre et de particules fines ;
  • l’utilisation des carburants réellement décarbonés.

Chaque heure d'escale électrifiée représente déjà, selon AtmoSud, l'effacement d'émissions de NOx équivalentes à une journée entière de circulation routière sur le boulevard de Strasbourg à Toulon. Cette donnée démontre que des solutions existent et qu'elles produisent des résultats concrets.

Le véritable débat n'est donc pas de savoir s'il faut conserver ou supprimer le transport maritime. La question est de savoir à quelle vitesse nous sommes prêts à remplacer des technologies polluantes par des solutions compatibles avec les exigences sanitaires, climatiques et environnementales du XXIe siècle.

La santé des habitants de la rade, la protection de la Méditerranée et la lutte contre le changement climatique méritent mieux que des demi-mesures ou des effets d'annonce. Elles exigent des choix cohérents, ambitieux et rapides.

Alors, si vous partagez nos valeurs et notre volonté de protéger notre santé,

Soutenez-nous : JE FAIS UN DON

Ensemble, nous pouvons encore faire bouger les lignes.