Des bornes électriques à Toulon pour les ferries et, désormais, un début de branchement pour les paquebots… mais toujours pas de calendrier public pour l'électrification des terminaux fret et croisière de La Seyne, qui accueille pourtant les deux tiers des escales des paquebots.
L'Europe a fixé un objectif clair : à partir de 2030, les grands navires de passagers et les porte-conteneurs de plus de 5 000 de jauge brute (GT) devront utiliser, sauf exception, l'alimentation électrique à quai dans les ports entrant dans le dispositif européen, prévue par l’article 6 du règlement FuelEU Maritime.
Cette évolution vise à éviter que les navires maintiennent leurs groupes électrogènes en fonctionnement pendant leurs escales à quai.
La rade de Toulon a commencé à s’équiper en fonction de cette réglementation. Mais une situation qui mérite d'être clarifiée apparaît aujourd'hui entre Toulon et La Seyne-sur-Mer.
À Toulon, les ferries peuvent se raccorder, le raccordement des paquebots en phase de test ?
Le terminal Toulon-Côte d'Azur, en plein centre-ville, est principalement utilisé par les ferries assurant les liaisons avec la Corse, la Sardaigne et les Baléares. Il accueille plus de 1 000 escales de ferries par an, sur la base de 1 077 selon la CCI du Var pour 2023. Nombre des escales de ces ferries sont inférieures à 2 heures passées à quai et la majorité des ferries ne se branchent pas sur les bornes électriques.
Le Mega Serena de la compagnie italienne Corsica Ferries en escale au quai de Toulon le 26 septembre 2026 non connecté à la borne électrique de ce quai.
Depuis l'automne 2024, les trois quais Fournel, Corse et Minerve sont équipés du système CENAQ. Les quais Corse et Minerve disposent de potences fixes de 2,7 MW dédiées aux ferries. Le quai Fournel dispose en plus d'une potence mobile de 10 MW spécifiquement dimensionnée pour les paquebots de croisière : un premier essai de connexion y a été validé en décembre 2024, et 2025 devait marquer la mise en service pour les ferries comme pour les croisières.
Mais le quai Fournel n'accueille qu'une faible partie du trafic croisière de la rade.
À La Seyne, l'essentiel des navires de fret et paquebots, sans calendrier connu
À quelques kilomètres, le terminal croisière de La Seyne-sur-Mer dispose d'un quai de 340 mètres, capable d'accueillir les plus gros paquebots, ceux que le quai Fournel (limité à 290 mètres) ne peut pas recevoir.
Et c'est là que se trouve l'essentiel du trafic : sur les 100 escales de paquebots prévues dans la rade en 2025, 67 l’ont été à La Seyne, contre 33 à Toulon.
Le Costa Pacifica de la compagnie italienne Costa Croisieres qui appartient au groupe Carnival. Le paquebot était en escale le 28 septembre 2026 au quai du terminal croisière de La Seyne sur mer qui n’est pas équipé de borne électrique.
Un paquebot peut rester à quai de nombreuses heures, parfois toute la journée. Pendant ce temps, ses besoins électriques restent importants : climatisation, éclairage, restauration, équipements hôteliers, systèmes de sécurité. C'est précisément pendant ces longues escales que l'alimentation électrique à quai présente tout son intérêt.
Les documents officiels de TPM (page 34) indiquent qu'un « 2ᵉ projet CENAQ est en cours de réflexion sur les quais seynois ». Mais à ce jour, dans les documents publics que nous avons pu identifier, aucun calendrier précis n'est publié pour l'électrification du terminal croisière de La Seyne-sur-Mer. La Métropole annonce, dans le cadre de la nouvelle gouvernance du port de commerce, qu'un programme d'investissement sera mis en œuvre à partir de 2027 pour poursuivre la transition énergétique du port, sans toutefois présenter de calendrier précis pour une installation CENAQ au terminal croisière de La Seyne.
Le paradoxe est donc évident :
Le paradoxe est donc évident : d'un côté, deux potences fixes du quai Fournel et du quai Corse restent configurées pour des escales d'au moins 2 heures, un seuil que l'autorité portuaire elle-même a fixé « afin d'éviter de générer des contraintes opérationnelles trop importantes sur les armateurs », le temps de branchement et de débranchement ayant été estimé par prudence à 45 minutes chacun. Or, une partie des rotations de ferries à quai à Toulon reste plus courte que ce seuil, ce qui limite d'autant le nombre d'escales réellement éligibles au branchement, quand bien même les infrastructures existent. De l'autre côté le dispositif d'électrification le plus abouti pour les paquebots se trouve là où passe au mieux le tiers du trafic, tandis que les deux tiers des escales, souvent les plus grands navires, restent aujourd'hui sans perspective claire de raccordement....
Pourtant, 2030 approche…
Le règlement FuelEU Maritime prévoit donc qu'à partir du 1er janvier 2030, les navires à passagers de plus de 5 000 de jauge brute concernés par le règlement devront utiliser l'alimentation électrique à quai ou une technologie à émissions nulles pour leurs besoins électriques à quai, sous réserve des exceptions prévues. Le règlement AFIR prévoit parallèlement que les ports concernés soient équipés pour pouvoir fournir cette alimentation à une proportion importante des escales concernées d'ici fin 2029.
Il ne s'agit donc plus d'une perspective lointaine.
Une question simple pour la rade de Toulon
L'APE ne remet pas en cause les investissements réalisés à Toulon, près de 21 millions d’euros, sur les ferries comme sur le début de branchement des paquebots au quai Fournel. Au contraire, cette évolution est nécessaire pour réduire les émissions des navires à quai.
Mais la logique devrait être la même dans toute la rade (voir notre courrier). Il faut donc répondre à quelques questions simples :
- Combien d'escales de ferries étaient raccordables à Toulon en 2025 et au premier semestre 2026, et combien ont été effectivement raccordées ?
- Le branchement des paquebots testé en décembre 2024 au quai Fournel est-il aujourd'hui opérationnel pour l'ensemble des escales prévues à Toulon ?
- Quel est le calendrier précis prévu pour permettre aux escales de paquebots qui stationnent à La Seyne de bénéficier, elles aussi, d'une alimentation électrique à quai ?
La Métropole indique que le projet CENAQ de La Seyne est « en cours de réflexion ». C'est la formule employée par TPM elle-même dans son rapport développement durable 2025. Côté Toulon, la situation n'est pas non plus totalement aboutie : selon ce même rapport, le branchement électrique des paquebots au quai Fournel restait, à l'été 2025, au stade du test et de l'évaluation, plus d'un an après l'essai concluant de décembre 2024. Sur les ferries en revanche, les chiffres sont là : 30 escales connectées et 6 navires de la Corsica Ferries rendus « connectables » en 2025.
Il est temps de savoir si le branchement des paquebots, testé depuis décembre 2024, est aujourd'hui en 2026 pleinement opérationnel à Toulon pour l'ensemble des escales de croisière, et quand la réflexion sur La Seyne, siège de l’essentiel du trafic croisière de la rade, doit se transformer en projet, puis en réalisation.
2030 approche. La rade doit être prête, à Toulon comme à La Seyne.
Postscriptum. Et les navires militaires ?
Le règlement FuelEU Maritime ne s'applique qu'aux navires civils. Les bâtiments de la Marine nationale, qui font pourtant partie des plus gros consommateurs d'énergie de la rade, échappent entièrement à cette obligation, aussi bien pour 2030 que pour les échéances suivantes.
Le port militaire de Toulon dispose de son côté de bornes de branchement électrique à quai. Mais ce n'est pas le cas du mouillage du Lazaret, à Saint-Mandrier, où les bâtiments de la Marine peuvent pourtant stationner plusieurs jours, moteurs auxiliaires en fonctionnement pour produire leur électricité de bord.
C'est le cas depuis une semaine du porte-hélicoptères amphibie Dixmude, actuellement à quai du port du Lazaret à Saint-Mandrier.
L'APE ne remet pas en cause les missions de la Marine nationale. Mais elle rappelle un principe simple : qu'un rejet soit civil ou militaire, il a le même effet sur l'atmosphère, sur le climat, les productions aquacoles et sur la santé des riverains qui le respirent. Réserver l'effort d'électrification aux seuls navires de commerce, tout en laissant fonctionner des groupes électrogènes de plusieurs mégawatts des navires militaires à quelques centaines de mètres des habitations, n'a pas de sens du point de vue environnemental et sanitaire.
L'APE demande que la question du branchement électrique à quai soit posée aussi pour les navires militaires de la rade, au Lazaret comme ailleurs.
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