Réclamée depuis plusieurs années, la presqu'île de Saint-Mandrier dispose maintenant de sa propre station de mesure du débit de dose gamma ambiant. Installée par l'APE, elle transmet ses mesures en continu sur www.ape83430.fr/radiation-ambiante. Le 20 septembre 2026, elle affichait 0,15 µSv/h, valeur compatible avec le bruit de fond naturel.

Une demande de longue date

Depuis 2019, l'APE, avec FNE83, alerte les autorités sur la situation particulière de la presqu'île. Sous les vents dominants (le Mistral), Saint-Mandrier est directement exposée aux retombées d'un éventuel rejet radioactif provenant du port militaire de Toulon.

Dispersion Panache Toulon Saint Mandrier

Simulation d’un rejet de 1 gBq de césium-137 par vent de Mistral : Dispersion atmosphérique et dépôt de césium-137 (Bq/m2/s) cumulé sur 24 heures (Bq/m2).

Après nos demandes répétées en 2019, 2020 et 2021, la commune a été intégrée au PPI nucléaire du port militaire en novembre 2024, alors qu'elle ne figurait pas dans la version de 2012. Ce sont désormais 260 000 habitants des quatre communes de Saint-Mandrier, La Seyne, Ollioules et Toulon qui bénéficient des nouvelles mesures de protection. La distribution de comprimés d'iode stable dans les pharmacies de ces communes a suivi.

Deux ans plus tard, un maillon important manquait toujours : la surveillance en temps réel de la radioactivité de l'air de la presqu'île elle-même. Pourtant, l'APE a régulièrement demandé l'installation d'une sonde de mesure du débit de dose gamma ambiant à Saint-Mandrier et, en attendant, renvoyait les habitants vers les stations toulonnaises les plus proches. Cependant, ces stations de référence les plus proches se trouvent de l'autre côté de la rade, dans un contexte de vents et de relief différent du nôtre. Faute de réponse à nos demandes, l'APE a décidé d'agir.

Pourquoi cette station devient urgente

Le contexte international a changé. Le 9 avril 2026, devant la commission de la Défense de l'Assemblée nationale, le chef d'état-major des armées a indiqué que la perspective d'une « guerre ouverte » avec la Russie était sa première préoccupation en matière de préparation des armées. Il précisait qu'il ne s'agissait pas de susciter de l'inquiétude mais de l'éveil. Il avait déjà évoqué à plusieurs reprises l'hypothèse d'un affrontement à l'horizon de quelques années.

Nous ne cherchons pas à alarmer, mais à regarder la réalité de notre territoire. Le port militaire de Toulon abrite le porte-avions à propulsion nucléaire Charles de Gaulle et des sous-marins nucléaires d'attaque, installations nucléaires de base secrètes. Dans tout scénario de conflit majeur, cette base navale serait une infrastructure stratégique de premier plan. Le risque radiologique ne se limiterait donc plus à l'accident technique, seul scénario pris en compte jusqu'ici dans les exercices : il pourrait aussi résulter d'une action hostile.

Dans les deux cas, le premier réflexe des autorités comme de la population sera le même : savoir, en temps réel, quel est le niveau de radioactivité de l’atmosphère. Cela suppose des mesures locales, fiables et qui puissent être comparées à un état de référence.

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La densité de stations de surveillance de la radioactivité situées en dehors des sites nucléaires en France est plus faible que celle de pays européens voisins alors que le nombre d’installations nucléaires civiles et militaires y est plus important.

La station de l'APE

La station a été installée ce 20 septembre 2026 sur un site situé au village de Saint-Mandrier à l’extérieur dans un abri de type météorologique. Elle est équipée d’un compteur Geiger-Müller GQ GMC-800, qui mesure le débit de dose gamma ambiant sur 60 secondes qui est exprimé en microsieverts par heure (µSv/h). Ce détecteur est conforme aux normes du NIST (National Institute of Standards and Technology) et de la NRC (Nuclear Regulatory Commission) des États-Unis.

Les mesures sont actualisées en continu toutes les minutes et affichées avec un tracé des dernières 24 heures.

La page de suivi précise l'heure (TU) de la dernière mesure, qualifie le niveau relevé et rappelle des repères sur le bruit de fond naturel. Les données de la station de l’APE sont accessibles à tous à cette adresse: www.ape83430.fr/radiation-ambiante.

Premières mesures

Depuis sa mise en service le 20 septembre 2026, la station a enregistré un débit de dose compris entre 0,06 et 0,17 µSv/h.

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Les premiers résultats du débit de dose ambiant mesuré à la station APE de Saint-Mandrier Village.

À titre de comparaison, le bruit de fond gamma en France métropolitaine se situe généralement entre 0,05 et 0,15 µSv/h environ selon la nature du sol. Il provient des roches, du rayonnement cosmique et de la radioactivité des matériaux. Le maximum des résultats de mesure à 0,17 µSv/h se situent dans le haut de cette fourchette, ce qui n'a rien d'alarmant puisque la commune de Saint-Mandrier-sur-Mer est classée en potentiel radon de catégorie 3, le niveau le plus élevé. Cette classification, établie par l'IRSN (désormais intégré à l'ASNR), traduit une probabilité significative que les habitations présentent des concentrations de radon, gaz naturel radioactif, au-dessus de la valeur de référence de 300 Bq/m³

Les variations observées sont donc normales. De légères hausses peuvent se produire lors des épisodes pluvieux : la pluie ramène au sol les descendants du radon présents dans l'atmosphère, qui disparaissent en quelques heures.

Ce que cette station fait, et ce qu'elle ne fait pas

Cette station ne remplace pas le dispositif de surveillance officiel, et l'APE n'a évidemment pas cette prétention. Elle mesure uniquement le rayonnement gamma ambiant comme nombre de stations officielles mais elle n'identifie pas les radionucléides, ne détecte pas certains émetteurs (alpha, bêta, tritium) et ne renseigne ni sur la contamination des aliments ni sur celle de l'eau.

Un compteur Geiger-Müller dépend aussi de son coefficient d'étalonnage : Le compteur utilisé a été étalonné en sortie d’usine suivant les normes métrologiques mais sa valeur absolue peut s'écarter avec le temps de celle d'un instrument de référence.

Cette station apporte en revanche trois informations importantes :

  1. Un état de référence local. On ne peut repérer une hausse anormale de la radioactivité d’une zone que si l'on connaît la valeur habituelle à cet endroit, dans ses variations saisonnières et météorologiques. C'est la valeur relative, plus que la valeur absolue, qui compte.
  2. Une information indépendante et transparente, accessible à chacun, sans intermédiaire.
  3. Une preuve de faisabilité : l'installation d'une station sur la presqu'île est techniquement simple et peu coûteuse. Il n'y a aucune raison pour que cela reste à la charge d'une association.

En cas d'alerte, seules les consignes de la préfecture et des autorités font foi : mise à l'abri, écoute des médias, iode stable uniquement sur instruction. Notre station est un outil d'information complémentaire, pas un système d'alerte.

Nos demandes

Alors que Saint-Mandrier est enfin intégrée au PPI nucléaire du port de Toulon, l'APE demande :

  • l'installation d'une ou plusieurs stations officielles de mesure de la radioactivité sur la presqu'île, avec des données publiques en temps réel ;
  • la révision effective du plan communal de sauvegarde, avec des exercices incluant la population de Saint-Mandrier ;
  • une information claire des habitants sur la conduite à tenir : mise à l'abri, iode stable, consignes d'alerte ;
  • la prise en compte, dans la préparation des autorités, de scénarios qui dépassent l'accident technique.
Suivre les mesures et nous aider

Les résultats des mesures de la station APE sont consultables en direct : www.ape83430.fr/radiation-ambiante.

Si vous avez des questions ou souhaitez soutenir le projet (hébergement d'une seconde sonde, aide à l'entretien, don), écrivez-nous à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. et/ou faites un don.

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