Il y a 1 an, le 15 mars 2025, un recours gracieux de l’APE, FNE-Var et FNE-PACA demandait au ministère de la Défense l’annulation du Plan de Prévention des Risques Technologiques (PPRT) du site d’entreposage d’hydrocarbures du Lazaret dans la zone littorale de Saint-Mandrier. Les PPRT ont été institués en 2001 à la suite de la catastrophe de l’usine AZF de Toulouse par la loi n°2003-699 du 30 juillet 2003 relative à la prévention des risques technologiques et naturels et à la réparation des dommages. Un an plus tard, un point s’impose !
En effet, au Lazaret, sur la commune de Saint-Mandrier-sur-Mer, un site Seveso « seuil haut » entrepose des hydrocarbures pour la Marine nationale, sous l’autorité de la Défense.
Pour ce type d’installation à haut risque, la loi impose donc un PPRT destiné à encadrer l’urbanisation et à protéger les populations riveraines. La réglementation donne 18 mois pour élaborer un PPRT.
Dans le cas du Lazaret, il aura fallu… 10 ans, et encore, pour un plan bâclé, incomplet et adopté dans une discrétion confinant au déni des risques. Explications.
Dix ans au lieu de dix-huit mois
Le PPRT du Lazaret est prescrit une première fois par arrêté préfectoral le 20 décembre 2011, avec un délai légal de 18 mois pour son élaboration. L’annonce est faite durant le Commission d’information du site du 15 mars 2012, le lendemain de l’arrêté de création de la création de cette même commission.
Plutôt que de respecter ce calendrier, l’État enchaîne pas moins de six arrêtés successifs de prolongation, officiellement au nom de la « complexité du dossier » et de la tenue d’une enquête publique. La période d’élaboration du PPRT-Lazaret, au lieu des 18 mois passera à 120 mois !
Résultat : le PPRT ne sera finalement approuvé que le 20 décembre 2021, soit dix ans jour pour jour après sa prescription initiale. De plus, aucune publication ne sera faite par la préfecture, nous apprendrons sa publication en 2024 !
Silence assourdissant de la mairie
Le conseil municipal du 4 février 2019 devait aborder ouvertement les modalités de concertation de ce PPRT : commission de suivi de site informée, documents transmis aux Personnes et Organismes Associés (POA), réunions publiques prévues, bilan accessible en mairie et préfecture.
Mais lors de la réunion, le maire annonce qu’il retire le débat sur le PPRT de l’ordre du jour, étouffant dans l’œuf toute consultation publique effective. Cette volte-face municipale scelle le sort d’un PPRT sans véritable débat démocratique local. Le prétexte, des travaux de modernisation du parc.
En 2026, ls travaux de rénovation des équipements sont toujours en cours mais le PPRT a été publié il y a 5 ans…
En revanche, pendant cette décennie de flottement réglementaire, l’urbanisation autour du site se poursuit : le Plan local d’urbanisme est approuvé en 2017, et les permis de construire concernant les programmes immobiliers des Terrasses de la mer et des Hauts de Pin Rolland sont délivrés en 2019, sur des parcelles mitoyennes du site du Lazaret ou dans son environnement proche.
Autrement dit, ce qui devait encadrer l’urbanisation à proximité d’un site Seveso seuil haute a surtout laissé le champ libre aux projets immobiliers.
Faut-il croire que la mairie n’ait pas été informée de la publication du PPRT en décembre 2021 ? qu’elle aurait ensuite oublié d’en informer les membres du conseil municipal et la population de Saint-Mandrier ? Un silence de plomb sur le sujet !
Une adoption en catimini, sans véritable consultation
Et finalement, donc comme un cadeau de Noël tombé du ciel : le 21 décembre 2021, dix ans jour pour jour après sa prescription, le PPRT est approuvé par arrêté du ministre des Armées, sans la moindre communication grand public, ni publication sur le site de la préfecture du var !
Dix ans. Pour un document qui, dans d’autres communes voisines, a été instruit normalement, avec enquête publique, transparence et débat.
Ce n’est que lors de la réunion de la Commission de suivi de site du 24 octobre 2024, qui ne s’était pas réunie depuis 2020, que nos associations découvrent l’existence de cet arrêté d’approbation, en réponse à une simple question.
La procédure d’information et de consultation du public, pourtant au cœur de l’esprit des PPRT, apparaît pour le moins malmenée, évitée, niée. On peine à qualifier la situation.
Le contraste est d’autant plus frappant qu’un autre site Seveso seuil haut de la région, celui des Arènes à Toulon, a suivi à la même époque une procédure régulière, avec enquête publique et étapes formelles clairement identifiées.
Deux poids, deux mesures : quand la règle est appliquée ailleurs, le site du Lazaret semble bénéficier d’un traitement d’exception de la part de la Défense, des autorités et de la mairie… au détriment des riverains.
Risques minimisés, risques ignorés
Les premiers documents de travail datant de 2012 montraient pourtant, en cas d’accident, des effets potentiels au-delà de l’enceinte militaire du Lazaret, comme c’est classiquement le cas autour de dépôts d’hydrocarbures.
Etonnamment, le PPRT finalement approuvé en 2021 conclut que les seuls risques seraient internes à l’enceinte du site, comme si les aléas s’arrêtaient miraculeusement aux limites des murs d’enceinte et du grillage.
Pire encore, un des trois risques majeurs que les PPRT doivent analyser en cas d’incendie, le risque des effets toxiques liés au rejet accidentel de produits polluants sous forme de nuages gazeux, n’est tout simplement pas traité.
Pourtant, en situation de fonctionnement normal, qui n’a pas senti en circulant sur la départementale D18 ou sur le sentier longeant la forêt les effluves des cuves d’entreposage, gaz et vapeurs potentiellement toxiques qui se sont dispersés en dehors du site ? Ce dont nous nous sommes inquiétés auprès des autorités à différentes reprises.
Cartes du zonage des risques associés aux activités du site du Lazaret publiées en 2012 et 2021.
L’affirmation que les effets associés à de potentiels accidents majeurs s’arrêteraient exactement aux limites administratives du site du Lazaret est aussi crédible que l’affirmation qui prétendait que les retombées radioactives atmosphériques issues de l’accident de Tchernobyl s’étaient arrêtées aux frontières françaises.
On parle pourtant d’un site pétrolier classé Seveso seuil haut, où les scénarios d’incendie, de surpression et de toxicité sont, par définition, au cœur de la démarche PPRT.
Comment prétendre protéger les populations en passant sous silence un pan entier des risques possibles ?
Un site stratégique… et vulnérable
À ces risques industriels « classiques » s’ajoute désormais une dimension que les documents officiels ignorent : la vulnérabilité du Lazaret en situation de conflit.
En tant que réserve stratégique de carburants, ce site devient mécaniquement une cible objective en cas de crise majeure.
Ni le PPRT, ni le Plan Particulier d’Intervention (PPI) n’intègrent réellement cette vulnérabilité spécifique et les scénarios de conséquence associés, laissant là encore un angle mort inacceptable dans l’analyse des risques et la protection des populations.
Dix ans pour ça ?
Face à ces manquements graves, délais anormalement longs, concertation défaillante, sous-estimation des risques, absence d’analyse des effets de toxicité chimique, oubli de la dimension stratégique, l’APE, France Nature Environnement Var et FNE-PACA ont déposé un recours gracieux le 15 mars 2025, demandant le retrait de l’arrêté du 20 décembre 2021.
Après le rejet de ce recours par le ministère des Armées le 13 mai 2025, nos associations ont déposé un recours contentieux le 2 juillet 2025 devant le tribunal administratif.
À ce jour, plus de 14 ans après sa prescription, le dossier n’a toujours pas connu d’avancée significative, prolongeant l’impression d’un PPRT « interminable », d’abord dans son élaboration, puis dans sa contestation.
Pour l’APE, ce dossier du Lazaret est emblématique d’une dérive préoccupante : un outil pensé pour protéger les populations et encadrer l’urbanisation autour des sites Seveso peut, s’il est vidé de sa substance, devenir un simple paravent administratif permettant de continuer à construire en niant les risques.
Nous continuerons à demander un PPRT du Lazaret réellement conforme à la loi, transparent, complet et à la hauteur des enjeux pour les habitants de la presqu’île.
Vous aussi, vous pouvez peser dans ce combat.
Pour que le PPRT du Lazaret soit enfin à la hauteur des risques réels et que les habitants de la presqu’île soient réellement protégés, l’APE a besoin de moyens pour poursuivre les recours, faire expertiser les dossiers et informer les Mandréennes et Mandréens.
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